Lors du congrès Switch d’EssilorLuxottica à Monaco, une table ronde consacrée à la myopie, animée par Olga Prenat (responsable des affaires médicales et professionnelles
Monde chez EssilorLuxottica) a réuni quatre professionnels de la vision venus de Chine, d’Espagne, d’Afrique du Sud et d’Allemagne.

Tous partagent un même constat : la prise en charge de la myopie chez l’enfant devient un enjeu central pour les professionnels de la vue dans le monde entier. Mais derrière cet objectif commun, les approches diffèrent selon les systèmes de santé, les modèles économiques et les habitudes culturelles.

En Chine, une logique de santé publique à grande échelle

weiwei-dai-2.jpgPour Weiwei David Dai, représentant du groupe hospitalier Aier, la myopie est avant tout un sujet de santé publique. En Chine, « plus de 50% des enfants et adolescents sont myopes », rappelle-t-il. Le groupe organise des campagnes massives de dépistage directement dans les écoles, avec des millions d’enfants suivis chaque année. 

Le parcours patient repose ensuite sur une prise en charge très structurée : examens complets en centre ophtalmologique, solutions de contrôle de la myopie et suivi numérique à long terme. David Dai insiste aussi sur l’importance des parents, intégrés dans la stratégie dite des « 5P » : prévention, prédiction, process, plateforme et parents. 

Son approche illustre un modèle fortement médicalisé, soutenu par les politiques publiques et les outils digitaux.

En Espagne, une approche clinique et collaborative

garcia-rubio.jpgÀ Madrid, Elena Garcia-Rubio développe depuis plus de trente ans une pratique centrée sur le suivi clinique individualisé. Optométriste spécialisée en vision pédiatrique, elle fait partie des pionniers européens du contrôle de la myopie. 

Son travail commence très tôt, parfois avant même l’apparition de la myopie. Elle identifie les « pré-myopes », établit un profil de risque intégrant les antécédents familiaux et construit avec les parents un protocole personnalisé. 

La pédagogie occupe une place centrale dans son discours. Elena Garcia-Rubio explique longuement aux familles ce qu’implique l’allongement axial et les risques associés, sans dramatisation. Pour elle, la clé consiste à faire comprendre que la prise en charge de la myopie relève avant tout de la préservation de la santé visuelle à long terme. 

Elle développe également un travail de réseau avec enseignants, pédiatres et clubs sportifs, à qui elle adresse systématiquement des informations lorsqu’un enfant débute un équipement ou un traitement. 

En Afrique du Sud, un positionnement clinique assumé

dirk-new-photo_png.pngPour le Dr Dirk Johan Booysen, la gestion de la myopie est devenue un marqueur de différenciation du cabinet. Optométriste, universitaire et entrepreneur, il intègre systématiquement la myopie management dans sa pratique quotidienne. 

Son approche repose sur un examen clinique approfondi, avec réfraction sous cycloplégie, évaluation du risque de progression et échanges détaillés avec les parents sur les coûts et la fréquence des suivis. 

Très orienté sur la preuve scientifique, Dirk Booysen s’appuie régulièrement sur les publications et les données cliniques pour convaincre les familles. Il rappelle aussi les risques associés à la forte myopie — décollement de rétine, glaucome ou atteintes maculaires — et considère le contrôle de la myopie comme une responsabilité professionnelle. 

Son slogan résume sa philosophie : « Done at -1.00 », autrement dit intervenir dès les premiers stades de la myopie. 

En Allemagne, une logique de parcours client et d’abonnement

cara_plaz.jpegEnfin, Cara Plaz apporte une vision très retail du sujet. À la tête du développement stratégique d’un groupe familial de 13 magasins d’optique près de Francfort, elle a été l’une des premières en Allemagne à créer des « Stellest Corners » dédiés aux enfants myopes. 

Son modèle repose sur un parcours client structuré autour de l’éducation parentale, du suivi régulier et d’un abonnement mensuel incluant contrôles semestriels et remplacement des verres en cas d’évolution de la correction. 

Cara Plaz insiste sur la fidélisation des familles : selon elle, prendre en charge efficacement un enfant permet souvent de gagner durablement toute la cellule familiale. Les réseaux sociaux, les événements d’information et les projets d’interventions dans les écoles font aussi partie de sa stratégie de sensibilisation. 

 

Au-delà des différences culturelles, organisationnelles, et du champ de compétences qui varie selon les pays, ces quatre témoignages convergent sur un point : la prise en charge de la myopie ne se limite plus à la délivrance d’un équipement correcteur. Elle s’inscrit désormais dans une logique de suivi au long cours, mêlant prévention, pédagogie, protocoles cliniques et relation de confiance avec les familles. De quoi inspirer les opticiens français ?

 

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De gauche à droite : Olga Prenat, Weiwei David Dai, Elena Garcia-Rubio, Dirk Johan Booysen, Cara Plaz