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Lors du symposium organisé par Essilor lors du congrès 2026 de la Société française d'ophtalmologie (SFO), deux ophtalmologistes (Pierre Lebranchu, Nantes, et Arnaud Sauer, Strasbourg) ont proposé une approche très pratique de la prise en charge de la myopie évolutive chez l’enfant, en répondant aux questions concrètes que se posent les ophtalmologistes en consultation.
Premier message : ne pas sous-corriger
Face à une petite myopie de -0,50 D chez un enfant de 6 ans, sans plainte visuelle mais gagnant nettement en acuité après correction, l’absence d’équipement n’est pas une stratégie pertinente. Les données disponibles montrent que la sous-correction n’a pas d’effet freinateur sur la myopie et pourrait même avoir un impact défavorable. Il est donc préférable de corriger l’enfant, puis d’évaluer son niveau de risque.
Qui équiper de verres freinateur ?
La décision d’initier un traitement freinateur repose ensuite sur une stratification précise : âge, antécédents familiaux, origine ethnique, sexe, temps passé dehors, activités de près, niveau de réfraction et vitesse de progression. La tranche 6-12 ans apparaît particulièrement critique : plus la myopie débute tôt, plus le risque d’évolution rapide est important. Les antécédents parentaux jouent aussi un rôle majeur, avec un risque accru lorsqu’un ou deux parents sont myopes, surtout en cas de myopie forte.
Aller plus loin : Les facteurs risques qui favorisent la myopie
L'observance, clef de l'efficacité
Côté traitements, plusieurs options disposent désormais de données prouvant leur efficacité : verres freinateurs, lentilles multifocales souples, orthokératologie, atropine à faible dose, voire associations thérapeutiques. Le choix ne doit pas seulement reposer sur la performance attendue, mais aussi sur l’acceptation et la tolérance. Chez un enfant qui progresse malgré un équipement — par exemple +1,50 D et +0,4 mm de longueur axiale en un an — la première étape reste de vérifier l’observance. Un verre porté seulement quelques heures par jour freine considérablement moins bien qu’un verre porté en continu.
L’arrivée des verres de deuxième génération, comme Stellest 2.0 et Miyosmart IQ, ouvre la voie à une freination potentiellement renforcée. Une étude de vie réelle vient d’ailleurs de débuter afin d’évaluer sa tolérance, et secondairement son efficacité, avec des inclusions menées dans plusieurs villes de France.
De gauche à droite : Emilie Derigny (directrice santé et partenariats chez Essilor), Pierre Lebranchu (ophtalmologiste au CHU de Nantes), Dominique Bremond-Gignac (chef de service d’ophtalmologie de l’hôpital Necker Enfants malades), Arnaud Sauer (ophtalmologiste au CHU de Strasbourg)
Les mesures environnementales recommandées
Elles occupent une place centrale :
- Les intervenants ont rappelé l’intérêt d’exposer les enfants à la lumière extérieure environ 2 heures par jour, en fractionnant si nécessaire : trajet à pied ou à vélo, récréations dehors, activité sportive en extérieur ;
- La limitation du travail de près, la règle des 3 x 20 — toutes les 20 minutes, regarder 20 secondes à 20 mètres ;
- La réduction des écrans et un éclairage suffisant complètent ces recommandations.
Traitement pharmacologique
L’atropine à 0,05 % apparaît parmi les traitements les plus performants, notamment sur le ralentissement de l’allongement axial. Elle est même présentée comme « probablement le traitement qui gagne le pompon pour les myopies évolutives » lorsqu’il s’agit d’initier une prise en charge pharmacologique.
Aux dosages les plus élevés, la tolérance peut être parfois plus délicate, pouvant engendrer de la photophobie, de la gêne visuelle, des difficultés fonctionnelles chez certains enfants ou jeunes adultes. De plus, l’atropine est souvent moins bien tolérée chez les jeunes adultes que chez l’enfant, ce qui limite parfois son intérêt après 15-20 ans.
La lumière rouge
La lumière rouge pulsée, en revanche, suscite un débat plus vif. Les résultats publiés montrent une efficacité importante sur la longueur axiale et l’équivalent sphérique. Mais des publications récentes interrogent la sécurité de certains dispositifs, avec des doses parfois supérieures aux seuils recommandés, des modifications rétiniennes en OCT et des cas de toxicité anatomique ou fonctionnelle. Pour les intervenants, l’intérêt potentiel ne dispense donc pas d’une grande prudence, d'autant plus que les études sont rares.
Quand et comment arrêter un traitement freinateur ?
Enfin, l’arrêt du traitement ne doit pas être brutal. Il est recommandé d’attendre au moins 18 mois à 2-3 ans de stabilité, puis de réduire progressivement sur 6 à 12 mois, en surveillant étroitement le risque de rebond. En cas de traitement combiné, l’arrêt du traitement pharmacologique (atropine) est souvent plus simple à envisager en premier, avant celui du verre freinateur. Même stabilisée, la myopie peut reprendre à l’adolescence ou au début de l’âge adulte, notamment lors des études supérieures. La prise en charge de ces patients s’inscrit donc dans un suivi au long cours.
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