L'idée d'appliquer le modèle "peer to peer" à l'assurance fait son chemin. Il consiste à créer, sur Internet, un réseau de personnes s'assurant entre elles, sans organe central ni régulateur. Les spécialistes Jean-Philippe Lavergne, Djamel Souami et Michaël de Toldi se sont penchés sur le sujet à l'occasion d'un séminaire organisé au CHEA (Centre des hautes études de l'assurance). Pour eux, cette notion de communautés d'assurés dans un but d'assistance, sur laquelle se sont bâties les mutuelles, pourrait préfigurer d'un nouveau modèle d'assurances.

Le modèle communautaire appliqué à l'assurance

"L'assurance peer to peer est l'autoassurance d'une communauté de personnes formée sur une plate-forme Internet. Son rôle sera de proposer une mécanique assurantielle (définition des garanties, tarification), d'animer la communauté (éventuelles sélection ou exclusion des adhérents) et de garantir les flux financiers (collecte des cotisations, paiements, frais de fonctionnement...)" expliquent Jean-Philippe Lavergne, Djamel Souami et Michaël de Toldi. Ce nouveau type d'assurance s'inscrit selon eux dans deux logiques : l'une solidaire, par un meilleur partage des marges et le soutien des plus défavorisés de la communauté, l'autre élitiste, par un regroupement des meilleurs risques pour réduire le montant des primes. Dans ce dernier cas, il s'agirait par exemple "de regrouper les 10 000 meilleurs conducteurs qui s'assureraient quasi-gratuitement pour les sinistres de tôle et la mécanique". Dans le domaine de la santé, on pourrait également imaginer une communauté de personnes en deçà d'une certaine limite d'âge, ou sans pathologie particulière.

Des initiatives "peer to peer" bientôt attendues

Si ce modèle risque de se heurter à des problématiques de statut et de confiance (notamment quant à la solvabilité de la plate-forme et à la garantie des engagements), il fera "inéluctablement son apparition", notamment tout sur les terrains de niche, prévoient Jean-Philippe Lavergne, Djamel Souami et Michaël de Toldi. Il entre en effet dans l'esprit communautaire actuel et bénéficiera du développement exponentiel des réseaux sociaux sur le web. Les spécialistes pronostiquent cependant, en cas de succès, une intervention des pouvoirs publics pour réguler le phénomène et une récupération probable par les grandes structures.

Un modèle applicable aux porteurs de lunettes ?

Des assurances inspirées du "peer to peer" ont récemment vu le jour dans le domaine de l'assurance automobile et habitation. Aux Etats-Unis, mais aussi en France, avec Kontsurnous.fr, lancé par Generali : des "tribus", constituées sur le web, cumulent et partagent des avantages pouvant être utilisés par les membres de la communauté pour diminuer leurs franchises en cas de sinistre. Des jeunes usagers des transports parisiens ont quant à eux eut l'idée de créer des "mutuelles" pour pouvoir payer leurs amendes, en demandant une cotisation mensuelle pour dédommager ceux qui écopent d'une contravention !
Ces initiatives pourraient se décliner dans notre secteur, avec des assurances "peer to peer" réservées aux porteurs de lunettes, aux presbytes... Elles pourraient par exemple être initiées par des personnes déçues par leur complémentaires santé, ou souhaitant optimiser leurs garanties en les recentrant sur leurs besoins particuliers.
Écrit par la Rédaction

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