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Face à l'explosion des besoins de soins liés au vieillissement démographique et aux modes de vie numériques, le groupement des industriels et fabricants de l'optique (Gifo) publie son livre blanc 2026 intitulé « Mieux prévenir, mieux voir, mieux vivre ». 

Présenté par sa présidente Prûne Marre, ce document dresse un diagnostic d'une filière « sous tension » et formule 17 propositions concrètes pour doter la France d'une stratégie nationale de santé visuelle.

Les propositions

  • 1 : « Définir une stratégie nationale de santé visuelle articulant prévention, accès aux soins et soutenabilité des financements. »   
  • 2 : « Mettre en place un outil d’épidémiologie de la santé visuelle intégrant l’ensemble des données disponibles au niveau national (SNDS, baromètres, cohortes, etc.). »   
  • 3 : « Créer un programme “MT’Yeux” de dépistage et de suivi pour les enfants et les jeunes jusqu’à 18 ans sur le modèle du programme “MT’Dents”. »   
  • 4 : « Prévoir un focus santé visuelle obligatoire lors de chaque consultation “Mon bilan prévention”. »   
  • 5 : « Co-construire un baromètre de la santé visuelle et de la prévention en entreprise. »   
  • 6 : « Inscrire l’équipement en lunettes de sécurité à la vue de l’ensemble des collaborateurs exposés comme un standard obligatoire dans les contrats collectifs. »   
  • 7 : « Soutenir l’émergence de protocoles de coopération associant l’ensemble de la filière pour la prise d’images rétiniennes et la mesure de la longueur axiale, notamment en lien avec le suivi des patients myopes et le dépistage de la rétinopathie diabétique. »   
  • 8 : « Instaurer un parcours de santé visuelle renforcé aux âges clés de la vie (6-20 ans pour la myopie, 45-60 ans pour l’apparition de la presbytie et le dépistage du glaucome). »   
  • 9 : « Ajuster le dispositif 100 % Santé en revalorisant la prise en charge des amétropies complexes et très fortes pour limiter le reste à charge des patients concernés. »   
  • 10 : « Créer une nomenclature spécifique LPPR pour la prise en charge des verres freinateurs de myopie. »   
  • 11 : « Revoir les conditions de formation et de pratique en contactologie pour favoriser la délégation d’actes et la primo-prescription. »   
  • 12 : « Faire de la contactologie un axe fort de la prévention et du traitement des amétropies. »   
  • 13 : « Prévoir une prise en charge des lentilles de contact adaptées aux besoins de correction dès le premier euro. »  
  • 14 : « Préserver le niveau global de prise en charge de la santé visuelle par les organismes complémentaires. »   
  • 15 : « Intégrer la valeur industrielle, technologique et environnementale des équipements optiques dans les critères d’évaluation et de régulation.
  • 16 : « Soutenir les démarches de traçabilité, de lutte contre la fraude et de développement de l’économie circulaire dans le secteur de l’optique. »  
  • 17 : « Lancer une réflexion prospective sur l'impact de l'IA et des objets connectés sur les métiers, les parcours de soins et les modes de prise en charge en santé visuelle. »   

La santé visuelle, « oubliée des politiques de santé publique »

Alors que 47 millions de Français souffrent d'un trouble de la vision et que 3 adultes sur 4 de plus de 20 ans sont concernés, le Gifo dénonce l'absence de pilotage global et de surveillance épidémiologique dans ce secteur.

Plusieurs facteurs accentuent l'urgence d'une réforme structurelle. 

  • Le défi démographique : d'ici 2040, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) prévoit des hausses drastiques des pathologies oculaires majeures (+52 % pour la DMLA, +45 % pour le glaucome et +30 % pour la rétinopathie diabétique) 
  • L'épidémie de myopie : touchant déjà 2,1 millions d'enfants en France, la myopie pourrait concerner 50 % de la population d'ici 2050. Chez les jeunes de 6 à 15 ans, près d'un sur quatre est touché.   
  • L'impact socio-économique : baisse de productivité professionnelle (7 Français sur 10 déclarent ressentir une fatigue visuelle après le travail), hausse du risque d'accidents de la route (8 millions de conducteurs rouleraient avec un trouble mal corrigé) et augmentation du risque de chutes chez les personnes âgées.   

Parcours de soins et 100 % Santé : dépasser la simple logique comptable

Le Gifo dresse un bilan nuancé des récentes évolutions sectorielles. Si les délais de rendez-vous ophtalmologiques ont nettement baissé grâce à la délégation de tâches et au travail aidé (délai médian passé de 66 jours en 2017 à 19 jours en 2024), l'accès à certains équipements reste insatisfaisant.

Le livre blanc souligne d'abord les limites du 100 % Santé, un dispositif qui n'a pas généré la hausse attendue du recours aux soins. En 2022, la majorité des assurés (83 % pour les verres, 85 % pour les montures) ont continué de privilégier le panier B, jugé mieux adapté à leurs besoins. Les grilles actuelles excluent toujours les verres de très fortes corrections, ce qui pénalise environ 30 000 patients.   

La France accuse également un retard marqué en contactologie : seuls 7,8 % des amétropes y portent des lentilles, contre 18,4 % au Royaume-Uni. Ce faible taux s'explique par un manque de praticiens formés et un abandon précoce du port faute d'accompagnement, plus d'un porteur sur deux arrêtant dans les dix premiers jours.   

Par ailleurs, le GIFO alerte contre les risques de durcissement des contrats responsables. Un allongement systématique du délai de renouvellement à trois ou cinq ans et un recentrage forcé sur le panier A augmenteraient le reste à charge des patients tout en freinant le dépistage.   

Pourtant, la France s'appuie sur une filière industrielle « d'excellence » aujourd'hui menacée. Avec 55 000 emplois (dont 10 000 directs dans la production), 200 sites dont 43 usines de fabrication, et un chiffre d'affaires de 8,3 milliards d'euros, l'industrie optique française figure au quatrième rang mondial des exportations de lunettes.   

Ce tissu industriel est néanmoins fragilisé par une concurrence internationale agressive axée sur le bas prix désintermédié et par l'absence de prise en compte des enjeux de souveraineté dans les plafonds de remboursement. Le secteur s'investit pourtant massivement dans le sur-mesure, les verres freinateurs de myopie, la médecine prédictive par l'imagerie oculaire, la lutte contre la fraude (estimée à 162 millions d'euros par an par Santéclair) et l'économie circulaire, où les services après-vente représentent 4 à 10 % du chiffre d'affaires.   

Écrit par la Rédaction

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