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Le 18 juin 2026, le Conseil constitutionnel s’est prononcé sur l’article 21 de la loi de lutte contre les fraudes, qui autorise le partage d'informations entre l’Assurance maladie et les organismes complémentaires (Ocam). Si les Sages ont validé le dispositif, ils ne lui ont pas donné un « blanc-seing » : la décision est assortie de réserves d’interprétation strictes. Pour respecter le droit à la vie privée et le secret médical, le législateur devra impérativement se conformer à des garde-fous rigoureux, interdisant tout usage commercial des données et limitant drastiquement l’accès des personnels administratifs aux informations de santé.

Un outil jugé légitime pour lutter contre la fraude

Les organismes complémentaires plaident depuis longtemps pour une meilleure circulation des informations afin de lutter contre les fraudes aux prestations de santé. Selon eux, la multiplication des détournements observés ces dernières années, notamment autour du dispositif « 100 % Santé », nécessitait une coopération plus étroite entre les différents financeurs.

Dans sa décision, le Conseil constitutionnel a donné raison au législateur. Les Sages ont rappelé que la lutte contre la fraude en matière de protection sociale est un objectif de valeur constitutionnelle. Ils ont ainsi jugé que le partage de certaines données d'identification et de facturation était pleinement justifié par ce motif d'intérêt général. Et estimé qu'il appartenait au législateur d'assurer "une conciliation équilibrée entre le droit au respect de la vie privée et l'objectif de valeur constitutionnelle de lutte contre la fraude en matière de protection sociale ".

Une validation sous l'œil strict des Sages : les garanties imposées

Le Conseil constitutionnel a toutefois rappelé qu'une « particulière vigilance » doit être observée lorsque des données médicales sont en jeu. S'il a validé le principe de cet article, c'est en l'assortissant de réserves d'interprétation très strictes que les organismes de santé devront impérativement respecter :

  • Une interdiction commerciale absolue : le texte exclut strictement que les données collectées puissent être utilisées à d'autres fins que le remboursement ou le contrôle. Elles ne pourront faire l'objet d'aucun traitement à des fins commerciales, de tarification, d'évaluation du risque ou de segmentation des assurés.
  • Un accès aux pathologies verrouillé : le personnel administratif des mutuelles n'aura accès qu'aux données strictement nécessaires à ses missions (facturation, identification) et sera soumis au secret professionnel. En revanche, dès lors que les données de santé sont associées au code d'une pathologie diagnostiquée, seuls les professionnels de santé et le personnel de contrôle médical placé sous leur responsabilité pourront y avoir accès.

Un stockage exclusivement européen : Pour garantir la sécurité des données contre tout accès non autorisé par des autorités publiques d'États tiers, le Conseil souligne que les données devront être stockées exclusivement au sein de l'Espace économique européen (EEE).

Prochaine étape : les décrets d'application et la CNIL

Bien que la loi soit validée dans son principe, le dispositif n'est pas encore totalement opérationnel. Il faudra désormais attendre la publication d'un décret en Conseil d'État, pris après avis de la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL). Ce décret aura la lourde tâche de fixer précisément les catégories de données autorisées et une durée de conservation qui ne devra pas excéder ce qui est strictement nécessaire. 

Le tiers payant sécurisé, mais sous clé


Le Conseil constitutionnel a validé la dérogation au secret médical pour un objectif très précis : la mise en œuvre et le contrôle du tiers payant. Concrètement, les professionnels de santé (pharmaciens, opticiens, etc.) pourront transmettre aux complémentaires les informations de facturation et les codes des actes effectués pour obtenir le remboursement.

Toutefois, les Sages rappellent que ce flux d'informations est strictement technique. Les personnels de ces plateformes de tiers payant et des organismes complémentaires sont soumis au secret professionnel le plus strict, et n'ont aucunement le droit d'utiliser ces données pour faire de la sélection de risques ou de la tarification commerciale.

Écrit par la Rédaction

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