Temps de lecture : 3 min
Des chercheurs de l'Université de Kingston se sont intéressés à la façon dont certains peintres atteints de troubles visuels, comme Monet ou Degas, utilisaient les jeux d'ombres et de lumière pour réinterpréter leur environnement et le peindre. Leur objectif est de trouver le moyen d'aider les déficients visuels à mieux vivre au quotidien et donc, à rester autonomes plus longtemps.
Ce n'est un mystère pour personne, certains peintres célèbres souffraient de problèmes de vue. Ces troubles ont eu des effets sur leurs oeuvres à l'instar de Claude Monet qui avait une cataracte bilatérale. Malgré ce handicap, il continua de peindre en se fiant à sa mémoire et à une vision de près résiduelle. Mis au courant de la cécité postopératoire des peintres Honoré Daumier et Mary Cassatt, il refusa pendant 10 ans d'être opéré tout en poursuivant ses travaux (images ci-dessous).
Le Bassin aux Nymphéas (1899)
Le Pont japonais (1923)
Edgard Degas, dès 1880, constata lui aussi que sa vue déclinait à cause d'une DMLA. Il favorisa alors le pastel mais devint presque aveugle dans les années 1890, ce qui le poussa à se consacrer davantage à la sculpture. En s'appuyant sur cet exemple, les scientifiques rappellent qu'à la fin de sa vie, le peintre acheva ses toiles avec une vision limitée à 10%. Ces oeuvres « sans détail au niveau du visage et des vêtements » sont des représentations « plus que probables de ce que pouvait effectivement voir l'artiste », expliquent les chercheurs. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer les tableaux « Femme assise sur le bord d'une baignoire et s'épongeant le cou » (1880-1895) et « Après le bain, femme s'essuyant » (1906).
Fort de ces sources, complétées avec les peintures de Rembrandt et Georgia O'Keeffe également touchés par des troubles de la vue, l'équipe du professeur Barbara Pierscionek a imaginé une maison dont l'environnement a été étudié spécifiquement pour faciliter la vie quotidienne des personnes ayant une vision limitée aux formes, aux ombres et à certaines couleurs. « Je m'intéresse de très près à la façon dont les artistes voient les choses, les impressionnistes en particulier, souligne-t-elle. Cela nous en dit long sur ce que le patient voit et sur ce que l'oeil humain est capable de faire si son environnement est optimisé ». En pratique, les chercheurs ont construit une « maison intelligente » en partenariat avec des ingénieurs en électronique et des informaticiens pour tester différents dispositifs d'accessibilité.
Cette initiative n'est pas sans rappeler celles de l'Institut de la Vision qui a déjà développé deux projets aux buts similaires. Le premier, mis en place en 2010 et baptisé « Homelab », consiste en un appartement témoin dédié aux déficients visuels permettant de tester en condition réelle les solutions proposées par les industriels (mobilier, électroménager, des systèmes de communication homme-machine...) et d'en mesurer le bénéfice utilisateur. Le second, inauguré en 2013 sous le nom de « Streetlab », se présente sous la forme d'une « rue artificielle » et a pour objectif de développer l'autonomie, la mobilité et la sécurité des personnes malvoyantes en zone urbaine.
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
Essilor et l'Institut de la Vision s'allient pour étudier le vieillissement visuel
Publié le 18 février 2014
La France devrait voir le nombre de pathologies oculaires doubler pour atteindre dès 2020 3 millions de personnes touchées par une DMLA (contre 1,5 million aujourd'hui),…
Une « Rue artificielle » pour améliorer l'autonomie, la mobilité et la sécurité des personnes malvoyantes
Publié le 27 novembre 2013
L'Institut de la Vision a inauguré hier, mardi 26 novembre, une plateforme pour l'amélioration de la mobilité des déficients visuels. Baptisée « Streetlab », elle se…
L'Institut de la Vision inaugure le Homelab, un appartement témoin dédié à l'accessibilité des déficients…
Publié le 06 octobre 2010
L'Institut de la Vision* a inauguré aujourd'hui le Homelab, sa nouvelle plateforme de recherche, en présence de son directeur le Professeur José-Alain Sahel, du chanteur…
Les dernières news
Avec ce décret, l’Assurance maladie passe une partie de la facture optique aux complémentaires
Publié le 24 août 2026
Un décret publié au Journal Officiel le 22 août 2026 modifie, à compter du 1er janvier 2027, la répartition de la prise en charge de nombreux dispositifs médicaux entre…
Apple envisage d'intégrer des fonctionnalités de santé et de sport dans ses futures lunettes connectées
Publié le 24 août 2026
Apple explore l'intégration de capteurs de suivi biologique et postural dans son futur équipement optique connecté. Déjà envisagée puis abandonnée sur le casque Vision…
Influences italiennes et revival 90’s pour la collection automne/hiver 2026 de Sabrina Régé Turo
Publié le 24 août 2026
La marque Sabrina Régé Turo présente sa collection automne-hiver 2026-2027, avec une ligne féminine fabriquée en Italie qui puise son inspiration dans les volumes et les…