0:00 0:00

Temps de lecture : 4 min

Le Comité européen de la protection des données* (CEPD / EDPB) a adopté hier 13 octobre 2026 une déclaration de référence concernant l'impact des lunettes connectées (smart glasses) sur la vie privée et les données personnelles.

Cette prise de position ne constitue pas une interdiction générale, mais une mise en garde explicite adressée aux fabricants, revendeurs et utilisateurs. Pour l’opticien, distributeur de ces montures de nouvelle génération, l’enjeu est de délivrer en magasin un conseil d'usage. Nous vous proposons en fin d'article, un argumentaire simple en 4 points à partager avec votre acheteur.

Des usages sensibles et un risque de surveillance passive

Le CEPD souligne que la présence d'appareils de captation au quotidien peut générer un effet d'inhibition sociale ou porter atteinte à la dignité et aux droits fondamentaux.

Le comité identifie plusieurs contextes particulièrement critiques où l'enregistrement ou l'activation d'un micro peut être inapproprié, voire interdit par la loi ou le droit du travail :
Milieux scolaires et lieux accueillant des mineurs (la protection des enfants faisant l'objet d'une attention renforcée).
Établissements de santé, vestiaires, piscines, plages, toilettes et espaces intimes.
Lieux de travail, en raison des enjeux de surveillance des salariés et de confidentialité des données de l'entreprise (secrets d'affaires, propriété intellectuelle).

Cadre privé ou réseaux sociaux : ce que dit le RGPD

Le CEPD précise le statut juridique du porteur selon l'usage qu'il fait de ses lunettes :

L’exception domestique (usage strictement personnel) : Filmer un proche, prendre une photo de vacances ou utiliser la traduction automatique dans un cadre privé n'est pas soumis aux exigences directes du RGPD pour l'utilisateur.

La responsabilité de traitement (diffusion publique / usage pro) : Dès lors que l'utilisateur publie des contenus captés sur un compte public de réseau social (accessible à un public indéfini) ou utilise la monture dans un cadre professionnel ou officiel, il devient responsable du traitement des données[cite: 3]. Il s'expose alors aux règles du RGPD, au respect du consentement et au droit à l'image.

Obligations des fabricants : transparence et réglages par défaut

Le CEPD rappelle fermement que les fabricants et les fournisseurs d'applications IA ne peuvent pas se défausser de leurs responsabilités sur le seul utilisateur. Le CEPD leur demande d'intégrer nativement :
- Des témoins lumineux (LED) et sonores efficaces : visibles en toutes conditions, impossibles à masquer ou à désactiver, signalant clairement qu'une captation ou un traitement par IA est en cours.
- Des garde-fous techniques : limites de durée d'enregistrement, floutage automatique des passants, voire restrictions géographiques (geofencing) dans les lieux sensibles.

En magasin, 4 points simples à partager avec votre acheteur

Sans se substituer à un juriste, l'opticien endosse désormais un rôle pédagogique essentiel lors de la prise en main de l'équipement en magasin :

  • Expliquer les témoins de captation : montrez au client où se situent les témoins lumineux/sonores et lui expliquer comment activer et désactiver la caméra, le micro ou les assistants IA.
  • Sensibiliser au respect d'autrui : recommandez d'informer ses interlocuteurs lorsqu'on les filme et d'éteindre l'appareil dans les lieux spécifiques comme les cabinets médicaux, les établissements scolaires ou professionnels.
  • Avertir sur la diffusion publique : rappelez qu'une vidéo captée avec des lunettes n'est pas librement publiable sur les réseaux sociaux au seul motif que sa captation était facile.
  • Vérifier les paramètres de l'application : Invitez le client à configurer la confidentialité sur son smartphone (stockage des images, accès aux données par l'IA, floutage).

* Le Comité européen de la protection des données (CEPD) (en anglais European Data Protection Board ou EDPB) est un organisme européen indépendant créé le 25 mai 2018.  Sa mission principale est de veiller à l'application cohérente et uniforme du RGPD et de la directive « Police-Justice » dans tous les pays de l'Union européenne, ainsi qu'en Islande, au Liechtenstein et en Norvège.

Écrit par la Rédaction

Vous avez la parole !

pour pouvoir poster des commentaires

Nos lecteurs ont aussi lu...


Les dernières news

Voir + de news