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Les lunettes de soleil Henry Jullien rendues célèbres par Emmanuel Macron lors du Forum économique mondial de Davos continuent de rencontrer leur public. Le groupe italien iVision Tech, propriétaire de la marque jurassienne depuis l'automne 2023, annonce avoir dépassé les 1 000 exemplaires vendus en ligne du modèle Pacific S01. Une performance qui intervient dans un contexte où la réindustrialisation est régulièrement mise en avant comme un objectif stratégique en France.

L'Italie à la rescousse de Henry Jullien

Pourtant, le communiqué diffusé par iVision Tech trahit une réalité plus nuancée. Son titre lui-même souligne le rôle du « Made in Italy » dans ce succès commercial. Le groupe explique en effet que l'augmentation de la demande a été absorbée grâce à son site de production de Martignacco, dans le nord de l'Italie, présenté comme le cœur industriel de l'entreprise. Si Henry Jullien conserve son siège historique à Lons-le-Saunier et poursuit certaines productions françaises, notamment celles destinées à la Boutique de l'Élysée, la majorité des capacités industrielles mobilisées pour répondre à l'engouement international proviennent aujourd'hui d'Italie. Une organisation transalpine que le groupe revendique comme une force, combinant selon lui les savoir-faire du « Made in France » et du « Made in Italy ». Les dernières années ne sont d'ailleurs pas un long fleuve tranquille pour les salariés de la maison Henry Jullien. 

Les montures s'envolent, les verres se crashent

Cette annonce intervient alors qu'un autre acteur jurassien lié à ces mêmes lunettes connaît un destin bien différent. Quelques mois seulement après la médiatisation mondiale du modèle porté par le président de la République, le verrier Dalloz Creations, fabricant des verres solaires équipant cette monture, a été placé en liquidation judiciaire. L'entreprise de Saint-Claude, qui employait 29 salariés, n'a pas résisté à plusieurs années de difficultés économiques malgré son expertise reconnue dans le verre solaire en polycarbonate et sa stratégie de production européenne. 

Un contraste saisissant qui rappelle que la visibilité médiatique d'un produit, même portée au plus haut niveau de l'État, ne suffit pas toujours à garantir la pérennité d'un outil industriel. Au-delà du succès commercial de la Pacific S01, l'épisode illustre ainsi les paradoxes de la réindustrialisation : certaines marques françaises continuent de rayonner à l'international, mais leur développement s'appuie parfois sur des capacités de production situées hors de l'Hexagone, tandis que des industriels historiques du territoire poursuivent leur disparition.

Écrit par la Rédaction

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