Alors que les délégations de tâches pour assurer les soins visuels des Français face à la pénurie d’ophtalmologistes peinent à se mettre en place et que le Gouvernement refuse de reconnaître l’optométrie, notre acuinaute Richard vient de nous transmettre un document qui montre que les problèmes de la profession ne datent pas d'aujourd'hui. Déjà au 19ème siècle, l’opticien ne jouissait pas « du rang, ni de la considération dont il est digne », selon Henry Philippe, opticien de la Faculté de médecine de Montpellier et auteur des « Rapports de l’Art de l’opticien avec l’ophtalmologie ». Un trésor de la littérature optique…

Disponible par le biais de la bibliothèque numérique Gallica, cet ouvrage tend à démontrer que l’opticien ne se borne pas « à la connaissance de quelques principes de physique ou d’optique, à la fabrication des instruments réclamés par cette science, et des diverses lunettes, écrit-il. Selon nous, au contraire, le véritable opticien est un homme exercé qui connaît non-seulement les différentes lois de la Dioptrique et de la Catoptrique, les instruments propres à les démontrer ; mais encore les divers actes de la vision, les nombreuses anomalies et lésions pathologiques […], et les moyens spéciaux d’y remédier en beaucoup de cas ».

Ainsi au fil des pages, Henry Philippe s’attache à décrire de nombreux exemples d’amaurose, de myopie, de presbytie ou encore de cataracte qu’il a pu déceler. Il y explique également les différents traitements de l’époque et les avancées majeures dans notre filière. Et si aujourd’hui de nombreuses études tentent d’appréhender les causes multiples des amétropies, en 1840, on savait déjà que « la manière dont on élève les enfants dans les hautes classes de la société, dans les chambres obscures, […] ; les exercices auxquels on les soumet sur des objets délicats, fins, tels que le dessin, la broderie […] obligent la pupille à se dilater beaucoup afin d’admettre dans le fond de l’œil de plus grand nombre de rayons qui ont pu pénétrer au sein de l’appartement. De là, des efforts continuels pour parvenir au but désiré ; de là, la fatigue visuelle et la tendance à la myopie », écrit-il.

En explorant « une vaste matière en bien peu de temps et d’espace », Henry Philippe espérait convaincre et « faire sentir que l’art de l’opticien mérite plus d’attention et de considération qu’on n’est porté généralement à lui accorder ». « Si nous avons pu faire comprendre qu’il existe des moyens simples, ni sanglans, ni médicamenteux, de remédier à une foule de maladies oculaires, nous aurons atteint le principal but que nous nous étions proposé, et nous nous serons montré digne de l’approbation flatteuse dont le Faculté de médecine de Montpellier a bien voulu nous honorer », conclut-il.

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Écrit par la Rédaction

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