Tandis que deux opticiens appellent chacun à leur manière à l'unité de la profession (voir news en relations), nous avons interrogé les responsables syndicaux sur l'opportunité de créer un Ordre des opticiens ou une fédération syndicale. Impossible ou inadapté, l'ordre ne suscite pas l'adhésion de la plupart des syndicats que nous avons réussi à joindre. Leurs responsables, s'ils ne rejettent pas le principe d'une unité syndicale, ont une vision différente de celle-ci.

Philippe Verplaetse, Président de l'AOF (Association des optométristes de France), est favorable à la création d'un ordre mais ne croit pas à ses chances. Il milite pour un collectif syndical :

"Je suis favorable à un Ordre des opticiens mais je me fais très peu d'illusion : je ne pense pas que les pouvoirs publics souhaitent sa création. Pour créer un organisme d'éthique professionnelle, il faudrait qu'une grande majorité d'opticiens y soit favorable. Mais beaucoup privilégient la grande distribution, le discount et ne se posent pas en professionnels de santé. J'ai conseillé à Ghislain Duroy de réfléchir d'abord à un collège éthique, qui me semble plus réalisable, mais qui aura aussi moins de poids : il ne pourrait pas interdire l'exercice de la profession, mais au moins véhiculer une volonté commune de travailler en respectant certaines règles".

"J'ai toujours milité en faveur d'un collectif syndical afin de travailler en commun. Cela a bien avancé avec l'UDO ; le SNO (Syndicat national des optométristes) y est lui aussi favorable. Ce travail en commun se fait petit à petit."

Stéphanie Dangre, Présidente du Casopi (Syndicat des centrales d'achat au service des opticiens indépendants), n'est pas opposée à la création d'un ordre, tout en considérant qu'il ne règlera pas tout, et pense possible une unité syndicale autour de la Fnof.

"Instaurer un Ordre des opticiens serait certainement, à moyen terme, une bonne chose. Il faut cependant savoir qu'un ordre n'est pas la réponse miracle au problème crucial et immédiat de la profession : les réseaux des Ocam. Un ordre ne se substitue pas plus au syndicat, car il n'a pas la même vocation. Il implique au préalable la mise en place d'un code de déontologie et sa première mission est de le faire respecter. L'ordre devient ainsi la "police" de la profession, ce qui est tout de même mieux que de laisser le champ libre aux campagnes de presse de dénigrement, orientées sinon téléguidées...Créer un ordre est un sujet à mettre à l'ordre du jour, mais ce ne sera, ni en terme de délais, ni en terme de pertinence, la réponse aux questions du moment".

"L'unité syndicale existe déjà largement du côté des indépendants, la Fnof et le Casopi collaborant étroitement ! La question est de savoir sur quelle base réaliser une unité complète de la profession pour qu'elle ne vole pas en éclat au premier obstacle. Si c'est pour se réunir sur le plus petit dénominateur commun, quel intérêt ? Si c'est pour embrasser des ambitions plus grandes, comme défendre le métier d'opticien, refuser l'OPA des Ocam sur la profession, juguler la libéralisation d'Internet, pourquoi pas ? L'unité syndicale des opticiens, quels qu'ils soient, peut se faire dès aujourd'hui autour de la Fnof, seul syndicat qui les défende réellement sur les sujets majeurs. La profession attend un appel à la révolte face aux prédateurs qui la convoitent."

Alain Gerbel, Président de la Fnof (Fédération nationale des opticiens de France), considère que l'instauration d'un ordre n'est pas possible en l'état actuel des choses. Il plaide pour une fédération d'opticiens et non une fédération de syndicats :

"Un Conseil de l'Ordre ne peut pas être mis en place pour les opticiens, car il existe des pré-requis indispensables qui ne sont pas réunis. Cela doit concerner une profession libérale, il faut rédiger un Code de déontologie et l'aval des syndicats est nécessaire pour que le gouvernement soit d'accord. De plus, pour les professions à ordre, la cotisation est obligatoire pour exercer, qu'il s'agisse de patrons ou de salariés. Par exemple, pour les kinésithérapeutes, elle se monte à 280 euros par an, auxquels s'ajoutent également 280 euros de cotisation syndicale. Les opticiens seront-ils prêts à payer cette somme ? Enfin, un ordre suppose des conditions d'exercice, parmi lesquelles l'interdiction de la concurrence, de la publicité... Les opticiens l'accepteront-ils ?"

"Je ne souhaite pas une fédération de syndicats, mais une fédération d'opticiens autour de la Fnof, qui est ouverte à tous. J'en suis aujourd'hui le président, mais si nous passons par exemple de 2000 membres aujourd'hui à 3000 ou 4000, cela demandera un réajustement des statuts, un changement du conseil d'administration et sans doute une élection anticipée."

Christian Py, Président du Synom (Syndicat national des centres d'optique mutualistes), n'est pas favorable à la création d'un ordre et voit dans une intersyndicale la meilleure façon d'institutionnaliser les échanges :

"La Mutualité n'a jamais été favorable à la création des ordres professionnels. Les professionnels de santé peuvent tout à fait s'administrer dès lors que l'Etat fait son travail en matière de réglementation. Il existe suffisamment d'organisations paritaires pour cela."

"Il serait souhaitable toutefois de parvenir à une meilleure coordination des organisations syndicales, à un moment où la profession d'opticien se déréglemente. Le Synom a des contacts réguliers avec les autres syndicats, peut-être serait-il nécessaire de les institutionnaliser à travers une structure intersyndicale plutôt qu'une confédération. Je comprends par ailleurs l'initiative des deux opticiens : le message syndical souffre actuellement d'un manque de clarté".

Christian Roméas, Président du SynOpe (Syndicat des opticiens sous enseigne), est opposé à la création d'un ordre et juge utopique l'idée d'une fédération au regard des expériences passées :

"La plupart des opticiens ne savent pas ce qu'est un ordre. Je pense qu'ils veulent surtout un ‘super-flic'. Et, le cas échéant, que ferait cet ordre ? Je ne vois pas ce qu'il apporterait de plus. Ce n'est pas un ordre qui résoudra le problème des Ocam ! Si l'on attend d'un ordre qu'il sanctionne et interdise d'exercice certains opticiens, c'est utopique car cela n'aura pas d'impact sur leurs magasins qui pourront continuer à vendre. S'il y a encadrement de la profession, cela passera par une convention Cnam."

"J'ai lancé plusieurs fois des appels à l'unité et l'idée d'une fédération syndicale. Nous avons eu il y a quelques années un accord avec la Fnof, mais nous avons dû y mettre fin."
Écrit par la Rédaction

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