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Un sondage réalisé en juillet par Acuité pour l’AsnaV auprès de 1 088 opticiens montre que :
- 70 % des répondants ont des doutes ou de fausses certitudes sur leur rôle auprès des moins de 16 ans ;
- 34 % pensent même qu’un opticien ne dispose d’aucun droit d’action auprès de ces enfants.
0-5 ans : repérer et orienter
Chez les plus jeunes, le rôle de l’opticien se situe essentiellement dans le repérage, le conseil et l’orientation.
Sans ordonnance, il peut notamment procéder à une évaluation qualitative des capacités visuelles monoculaires et binoculaires, dès lors qu’elle ne constitue ni un diagnostic médical ni un acte de réfraction. L’objectif peut être de repérer une difficulté ou un comportement inhabituel et d’orienter l’enfant vers un ophtalmologiste ou un orthoptiste.
Cette possibilité est pourtant largement méconnue : selon le sondage Acuité/AsnaV, seul un opticien interrogé sur cinq sait qu’il peut réaliser ce type d’évaluation sans ordonnance.
Chez les très jeunes enfants, cette fonction de sentinelle peut avoir son importance : un enfant ne se plaint pas nécessairement de mal voir et peut considérer sa vision comme normale.

6-15 ans : un rôle de prévention et de suivi à mieux exploiter
À l’âge scolaire, les possibilités de repérage restent les mêmes, mais les enjeux évoluent. Fatigue visuelle, difficulté à voir le tableau, rapprochement excessif lors de la lecture ou encore apparition et progression d’une myopie peuvent conduire les familles à solliciter un professionnel.
Chez le jeune enfant, le rôle de l'opticien peut être crucial pour le suivi d’une myopie évolutive. Il peut constater une modification des besoins visuels lors d’un renouvellement, vérifier l’adéquation de l’équipement et orienter vers l’ophtalmologiste lorsque la situation le nécessite.
Son rôle ne s’arrête pas à la correction. Temps passé à l’extérieur, travail prolongé en vision de près, écrans, respect du port de la correction : le magasin peut également constituer un lieu de sensibilisation à la santé visuelle pour les adolescents et leurs parents.
Pour la délivrance et l’évolution d’un équipement, le cadre est strict chez les moins de 16 ans. Une prescription de verres correcteurs est valable un an. Dans le cadre d’un renouvellement et avec une ordonnance valide, l’opticien peut réaliser un examen de réfraction et adapter la correction, sauf opposition du prescripteur. Lors d’une première délivrance, une adaptation peut également être envisagée dans les conditions prévues par les textes, avec accord du prescripteur.
Cette tranche d’âge est d’autant plus intéressante que le dépistage scolaire présente des failles. Après la maternelle, tous les enfants ne bénéficient pas effectivement des visites prévues et plusieurs années peuvent séparer deux contrôles. L’opticien constitue alors l’un des professionnels de proximité susceptibles d’identifier qu’un contrôle médical est nécessaire.
L'évaluation qualitative
Dans le cadre d'une évaluation qualitative, l'opticien peut notamment :
- Observer la vision de loin et de près : l'enfant semble-t-il distinguer correctement des formes, des images ou des objets ?
- Comparer les capacités visuelles des deux yeux : une difficulté semble-t-elle plus importante d'un côté ?
- Observer certains comportements visuels : l'enfant plisse-t-il les yeux, rapproche-t-il excessivement les objets ou adopte-t-il une position inhabituelle de la tête ?
- Interroger les parents sur les difficultés rencontrées à l'école, les maux de tête ou la fatigue visuelle.
- Orienter vers un ophtalmologiste ou un orthoptiste lorsqu'un élément suscite une suspicion.
Des compétences que les opticiens eux-mêmes connaissent mal
Le sondage Acuité/AsnaV met cependant en évidence un paradoxe : avant même de réclamer de nouvelles compétences, encore faudrait-il que celles qui existent soient pleinement connues et utilisées.
43 % des professionnels interrogés pensent ainsi que toute évaluation réalisée chez un enfant avant une consultation ophtalmologique est interdite. Seuls 32 % savent qu’une évaluation visuelle à des fins de dépistage et d’orientation est possible sous certaines conditions.
La prudence des professionnels peut s’expliquer par le cadre particulièrement protecteur entourant la santé visuelle des enfants. Mais elle peut aussi conduire à sous-estimer leur rôle en matière de prévention.
Un maillage qui pourrait compléter le dépistage scolaire
La question prend davantage de poids au regard des limites du dépistage organisé par les pouvoirs publics. En maternelle, près d’un enfant sur quatre ne bénéficierait pas chaque année du bilan de santé de la PMI. À 6 ans, la visite médicale scolaire est loin d’être réalisée chez tous les enfants et, à 12 ans, la visite de dépistage infirmier n’a concerné que 65,9 % des élèves en 2024-2025.
L’objectif ne serait évidemment pas de transformer l’opticien en ophtalmologiste, ni de lui confier un diagnostic médical. Mais son maillage territorial, son accessibilité et ses contacts réguliers avec les familles constituent des atouts pour renforcer le premier niveau de prévention.
Une famille peut entrer dans un magasin pour les lunettes d’un parent, l’équipement d’un frère ou d’une sœur, une réparation ou une paire de solaires. Ces contacts peuvent devenir autant d’occasions de rappeler aux parents l’importance du suivi visuel de leurs enfants et, lorsqu’un signal d’alerte apparaît, de les orienter vers le professionnel approprié.
Alors que certains enfants échappent encore aux différents rendez-vous de dépistage, mieux utiliser les compétences déjà autorisées aux opticiens pourrait ainsi contribuer à resserrer les mailles du filet, sans modifier la répartition des compétences entre les professionnels de santé visuelle.
Les opticiens peuvent-ils intervenir directement dans les écoles ?
Le rôle de l’opticien pourrait également dépasser les murs du magasin.
Rien n’interdit à un opticien de participer dans un établissement scolaire à une action de prévention et de sensibilisation à la santé visuelle, dès lors que celle-ci est organisée avec l’établissement et respecte le cadre applicable aux mineurs.
Il peut notamment informer les enfants et les familles, expliquer les signes qui doivent conduire à consulter et réaliser des évaluations qualitatives relevant de ses compétences afin d’orienter, si nécessaire, vers un ophtalmologiste ou un orthoptiste.
En revanche, une telle intervention ne doit pas être confondue avec le dépistage scolaire institutionnel : l’opticien ne peut ni poser de diagnostic, ni se substituer aux professionnels auxquels les dispositifs organisés par la PMI, l’Éducation nationale ou l’Assurance maladie confient les examens de dépistage.
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