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Réunis dans un magasin Atol dans le 12e arrondissement de Paris ce mercredi 27 mai, acteurs économiques, mutualistes et politiques, ont participé à une table ronde organisée par Lunettes de Zac pour appeler à accélérer collectivement le déploiement d’une filière française du reconditionnement optique, avec l’idée d’un modèle mêlant économie circulaire, accès aux soins et réindustrialisation.

Une mobilisation inédite

Tous s’accordent sur un point : la question n’est plus de savoir si le reconditionnement est possible, mais comment structurer durablement cette activité. Pour Ophélie Vanbremeersch, fondatrice de Lunettes de Zac, le constat de départ reste simple : « des millions de montures restent inutilisées » alors que près de 20 millions de paires (optiques et solaires) sont vendues chaque année en France. Après sept années passées à structurer une filière inexistante, elle estime que le secteur arrive à un tournant. « Pendant longtemps, le sujet a été regardé comme une expérimentation », explique-t-elle. 
« Aujourd’hui, le cadre réglementaire existe, les premiers soutiens industriels sont opérationnels, les réseaux commencent à s’engager et les mutuelles se mobilisent. »

Réindustrialiser par le reconditionnement

Même constat du côté d’Éric Plat, PDG d’Atol, qui voit dans le reconditionnement un levier potentiel de réindustrialisation. « La France est un pays désindustrialisé. L’un des moyens de réindustrialiser peut passer par le reconditionnement », estime-t-il, rappelant que la quasi-totalité des montures commercialisées aujourd’hui proviennent d’Asie ou d’Italie. 
Le dirigeant évoque également plusieurs pistes pour soutenir le développement de la filière : 

  • TVA réduite sur les produits reconditionnés ;
  • mécanismes de surremboursement pour les opticiens engagés dans cette démarche ;
  • meilleure traçabilité des composants via des outils numériques. 

Selon lui, le secteur pourrait aussi s’inspirer d’autres industries déjà engagées dans l’économie circulaire. « Une paire de lunettes, malgré sa petite taille, est un objet techniquement complexe », rappelle-t-il. 

 


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Un enjeu fiscal et industriel 

Présent lors de la rencontre, le sénateur Michel Canévet, vice-président de la commission des finances, a lui aussi plaidé pour un accompagnement fiscal du secteur. « Le développement de l’économie circulaire est un facteur important pour l’avenir de l’emploi et des activités dans notre pays », affirme-t-il. Le parlementaire défend notamment l’idée d’une TVA réduite à 5,5 % pour les dispositifs médicaux reconditionnés. Une mesure qui permettrait, selon lui, de rendre les produits plus accessibles tout en limitant le recours à de nouvelles ressources naturelles. « Nous sommes dans une société qui utilise trop le jetable », estime-t-il. 

Rendre les lunettes reconditionnées accessibles 

Ancienne ministre de la Santé et aujourd’hui vice-présidente de la commission des lois à l’Assemblée nationale, Agnès Firmin Le Bodo a insisté sur un autre enjeu : celui de l’accessibilité. « Si on ne facilite pas le remboursement des lunettes reconditionnées, la filière ne pourra pas se développer », juge-t-elle. « C’est un objectif écologique, sociétal, social et de réindustrialisation », résume-t-elle, tout en appelant à préserver une logique de libre choix pour les patients. Elle souligne également que le reconditionnement pourrait permettre de recréer de l’activité sur les territoires, alors que la fabrication de montures a largement quitté la France. 

Les mutuelles veulent s’impliquer 

Les complémentaires santé commencent également à se positionner. Chez Harmonie Mutuelle, Lionel Fournier (directeur impact et santé durable) estime que la réflexion dépasse désormais la simple collecte de lunettes usagées. Le groupe indique avoir déjà collecté près de 40 000 paires via des bornes installées dans ses agences et entreprises partenaires. Il travaille désormais sur l’intégration du réemploi dans une logique plus large « d’économie de la fonctionnalité ». L’idée : raisonner non plus uniquement autour de la vente d’un équipement, mais autour du service rendu au patient, en optimisant l’usage des ressources. Et n'exclut pas l'idée d'une prise en charge financière des montures reconditionnées. 

Un cadre réglementaire encore attendu 

Reste désormais à finaliser plusieurs éléments réglementaires. Julie Lassus, collaboratrice du député Thibault Bazin, rappelle que le sujet est suivi par le législateur depuis plusieurs années. Parmi les prochaines étapes attendues figurent notamment la labellisation des centres agréés, le futur code LPP pour les dispositifs reconditionnés (prévu pour le PLFSS 2027) ou encore les modalités de remboursement par l’Assurance maladie. « Avant d’envisager un système qui favoriserait le reconditionné face au neuf, il faut s’assurer que la filière soit consolidée », souligne-t-elle. 

Pour les différents intervenants, le développement des lunettes reconditionnées passera désormais par cette structuration progressive, à la croisée des enjeux environnementaux, industriels et sociaux.

Écrit par la Rédaction

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