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On connaît les problèmes physiques engendrés par un séjour dans l’espace, comme la fonte musculaire ou la perte de masse osseuse, mais on connaît moins le syndrome neuro-oculaire associé au vol spatial (Spaceflight-Associated Neuro-ocular Syndrome ou SANS).
L'oeil est naturellement adaptée aux conditions sur Terre. Toutefois, après plusieurs mois dans l'espace, certains astronautes éprouvent des problèmes oculaires et leur vue se brouille.
Ce trouble touche entre 45 et 75 % des professionnels réalisant des missions de plus de six mois. Il est provoqué par le déplacement des fluides corporels (sang, liquide céphalorachidien) vers le haut du corps en microgravité, ce qui augmente la pression dans la boîte crânienne et perturbe la circulation autour de l'œil. Les scientifiques cherchent à savoir pourquoi ce syndrome est si fréquent et pourquoi il affecte certains membres d'équipage plus sévèrement que d'autres.
Comment la microgravité déforme l'œil
La surpression constante provoquée par la remontée des fluides vers le haut du corps finit par déformer physiquement l'œil des astronautes. Concrètement, les médecins observent plusieurs manifestations combinées ou isolées selon les individus :
- Un nerf optique gonflé : le liquide céphalorachidien presse sur la gaine du nerf optique à l'arrière de l'œil, provoquant un œdème.
- Un globe oculaire aplati : la poussée accumulée derrière l'œil écrase l'arrière de la bille oculaire, qui perd sa forme sphérique naturelle.
- Des plis sur la rétine : sous la contrainte mécanique de cet aplatissement, la membrane interne de l'œil se fronce comme un tissu trop grand.
- Une baisse de la vision de près : l'œil devenu plus court de l'arrière vers l'avant ne parvient plus à faire la mise au point correctement. L'astronaute devient alors subitement presbyte.
La piste génétique et l'anatomie individuelle
Pendant longtemps, la microgravité était considérée comme la seule responsable de ce trouble.
Les dernières études publiées dans la littérature médicale révèlent pourtant d'importantes inégalités anatomiques et génétiques entre les astronautes.
D'une part, le métabolisme des vitamines B joue un rôle déterminant. Les personnes présentant des polymorphismes génétiques spécifiques, notamment sur les gènes MTRR ou SHMT1, développent un syndrome nettement plus prononcé.
Ces variations modifient la façon dont l'organisme traite les folates et la vitamine B12, ce qui fragilise le réseau vasculaire oculaire face aux variations de pression.
D'autre part, la structure même de l'œil influe sur sa résistance, puisqu'un canal du nerf optique naturellement plus étroit réduit la marge de tolérance de l'organe et aggrave le gonflement sous la contrainte mécanique.
Pistes de prévention et contre-mesures
Pour protéger les équipages lors des missions d'exploration vers Mars, plusieurs solutions sont évaluées par la NASA et ses partenaires :
- Dispositifs à pression négative (LBNP) : des caissons ou pantalons scellés exerçant une dépression sur le bas du corps pour y réattirer artificiellement les fluides pendant le sommeil.
- Supplémentation nutritionnelle ciblée : des cocktails concentrés en vitamines B (B6, B9 sous forme de L-méthylfolate, B12) pour pallier les facteurs de risque génétiques.
- Gravité artificielle : l'exposition périodique à des mini-centrifugeuses à bord pour restaurer la pression hydrostatique terrestre.
- Correction optique ajustable : des lunettes spécifiques permettant d'adapter la réfraction au fur et à mesure des modifications anatomiques observées à bord.
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