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L'occlusion veineuse rétinienne (OVR) pourrait-elle être un indicateur de problèmes d’audition ? 

C’est la question explorée par une étude publiée en 2026 dans la revue Scientific Reports*. Les chercheurs y montrent que les personnes souffrant de cette pathologie présentent plus fréquemment des acouphènes et une perte auditive.

Plus de 25 000 patients analysés

Pour tester l’existence d’un lien avec les troubles de l’audition, les chercheurs ont utilisé la base nationale d’assurance maladie de Taïwan. Ils ont comparé 6 403 adultes atteints d’OVR à 19 209 personnes similaires en âge, sexe, niveau de revenu et antécédents médicaux grâce à une méthode statistique appelée « appariement par score de propension ».

Les résultats montrent que les patients atteints d’OVR étaient plus nombreux à souffrir :

  • d’acouphènes : 13,9 % contre 11,6 % ;
  • de perte auditive : 10,2 % contre 8,4 %.

En revanche, les chercheurs n’ont pas observé de différence significative concernant les vertiges ou la surdité brutale.

Après ajustement des principaux facteurs de risque, l’OVR restait associée à une augmentation d’environ 24 % des probabilités de présenter une perte auditive ou des acouphènes.

Pourquoi l’œil et l’oreille seraient-ils liés ?

L’hypothèse avancée par les auteurs repose sur un mécanisme biologique commun, la microcirculation.

La rétine et la cochlée (la partie de l’oreille interne qui transforme les sons en signaux nerveux) sont deux tissus extrêmement actifs sur le plan métabolique. Tous deux dépendent d’un réseau très fin de petits vaisseaux sanguins et disposent de peu de circulation de secours en cas de problème. Une altération de ces microvaisseaux peut donc fragiliser simultanément la vision et l’audition.

Les chercheurs évoquent plusieurs mécanismes susceptibles d’être partagés comme le dysfonctionnement de l’endothélium (la paroi interne des vaisseaux), l’inflammation chronique, le stress oxydatif, une mauvaise perfusion des petits vaisseaux liée à l’hypertension, au diabète ou aux troubles lipidiques.

Autrement dit, l’OVR et certains troubles auditifs pourraient être deux manifestations d’une même vulnérabilité vasculaire, plutôt que deux maladies directement liées l’une à l’autre.

Une association, pas une causalité

C’est la nuance la plus importante de cette étude.

Les données utilisées proviennent de dossiers médicaux administratifs. Elles permettent de repérer quelles maladies coexistent, mais elles ne permettent pas de déterminer laquelle est apparue en premier, ni si l’une est responsable de l’autre.

D’autres facteurs pourraient également intervenir. Les auteurs soulignent notamment qu’ils ne disposaient pas d’informations précises sur certains médicaments, comme les diurétiques de l’anse ou les fortes doses d’aspirine, connus pour pouvoir provoquer des symptômes auditifs chez certains patients.

En recherche médicale, une association signifie que deux phénomènes sont observés plus souvent ensemble qu’attendu. Une relation de cause à effet, elle, nécessite de démontrer que l’un entraîne directement l’autre, ce que cette étude ne permet pas de conclure.

Le résultat est suffisamment robuste pour attirer l’attention des cliniciens. Mais les auteurs insistent sur le fait qu'il s’agit d’une association statistique, et non d’une preuve que l’OVR provoque une perte d’audition.

Quelles conséquences pour les patients ?

Les chercheurs ne recommandent pas un dépistage auditif systématique pour toutes les personnes atteintes d’OVR. 

Ils proposent plutôt une approche pragmatique. Interroger les patients sur d’éventuels acouphènes ou une baisse de l’audition, puis orienter vers une évaluation audiologique si nécessaire, en particulier chez les personnes à risque ou celles présentant déjà des symptômes.

Ils rappellent également que la meilleure prévention reste le contrôle des facteurs de risque vasculaires (hypertension, diabète, dyslipidémie et tabagisme) qui pourraient contribuer à préserver à la fois la santé de la rétine et celle de l’oreille interne.

La rétine, marqueur de la santé vasculaire

L’occlusion veineuse rétinienne est l’une des maladies vasculaires les plus fréquentes de la rétine. Elle survient lorsqu’une veine qui draine le sang de la rétine se bouche, ce qui entraîne une mauvaise circulation sanguine, des hémorragies et un risque important de baisse de la vision. 

Elle touche principalement les personnes âgées et est souvent associée à des facteurs de risque cardiovasculaires comme l’hypertension, le diabète ou l’excès de cholestérol.

Depuis plusieurs années, les ophtalmologistes considèrent la rétine comme une véritable « fenêtre » sur la santé des petits vaisseaux sanguins de l’organisme. 

Les anomalies observées dans l’œil peuvent parfois refléter des atteintes vasculaires plus générales.

 

*Hung S.-H. et al. « Increased prevalence of hearing loss and tinnitus in patients with retinal vein occlusion », Scientific Reports, vol. 16, article 21538, 2026.

Écrit par la Rédaction

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