Temps de lecture : 4 min
Stratégies de profit
Si, sous le règne de Mao, tous les Chinois bénéficiaient d'un système de santé rudimentaire mais gratuit, pris en charge par les communes populaires dans les campagnes et par les entreprises d'Etat dans les villes, les réformes économiques et la politique d'ouverture, dont le pays célèbre aujourd'hui le trentième anniversaire, ont fait exploser cette solidarité. Avec la libéralisation de l'économie, l'Etat s'est peu à peu désengagé du système et les ménages se retrouvent désormais presque seuls pour faire face à leurs dépenses de santé.
La participation de l'Etat au financement des hôpitaux, où se soignent la plupart des Chinois, est ainsi tombée de 100% au début des années 1980 à moins de 10% aujourd'hui. "C'est un service public totalement privatisé", explique Hubert Stüker. Faute de financements publics, les établissements ont développé des stratégies de survie puis de profit. Ils proposent des consultations tarifées en fonction de l'expérience du médecin et poussent les patients à multiplier les examens et les procédures. Ils prescrivent à chaque visite des listes interminables de médicaments à acheter dans la pharmacie de l'hôpital - une entorse du poignet peut ainsi justifier l'achat de sept produits différents - et presque toujours des antibiotiques, facturés 20 fois leur coût de revient. Les statistiques du ministère de la Santé montrent que la vente d'antibiotiques compte pour plus de 50% des factures des patients, qui refusent désormais de se faire soigner de peur de se faire escroquer.
"Résistance à la réforme"
Conscient de ces dérapages, Pékin a tenté plusieurs réformes pour rassurer sa population. Dans les villes, les travailleurs peuvent théoriquement cotiser avec leur entreprise sur un compte individuel qui leur permet de disposer d'une prise en charge minimale variant en fonction des soins et des médicaments prescrits. A la campagne, les 800 millions de ruraux bénéficient presque tous du système médical coopératif rural lancé en 2004. Les familles cotisent 10 yuans (90 centimes d'euro) par an à un fonds auquel le gouvernement local et le gouvernement central versent chacun 40 yuans par famille. Mais cette assurance ne couvre que peu de soins et les taux de remboursement ne sont en moyenne que de 30% ou 40%.
Pour ne pas avoir à "encaisser" la différence, les hôpitaux exigent le paiement d'une grande partie ou de la totalité des soins en avance dès l'arrivée des malades dans l'établissement. Ne disposant pas de ces sommes, des centaines de millions de Chinois se retrouvent privés de soins, faute de ressources. "La perspective du vieillissement accéléré de la population rend ce problème encore plus prégnant mais les résistances à la réforme sont toujours fortes", pointe Hubert Stüker. Après avoir dû s'adapter à l'"ouverture économique", les hôpitaux et les collectivités locales qui les contrôlent voient d'un mauvais oeil toute remise en question d'un système qui fait leur fortune.
Source : Les Echos
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
De la théorie à la restauration de la vue : l’optogénétique couronnée du prix Nobel de Médecine 2026
Publié le 16 octobre 2026
Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 a été décerné aux pionniers de l’optogénétique, Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel. Cette prestigieuse…
DMLA sèche : vers un premier traitement par voie orale
Publié le 15 octobre 2026
La DMLA sèche touche de nombreux patients pour lesquels les options thérapeutiques demeurent limitées, particulièrement aux stades initiaux de la maladie.
Santé visuelle des enfants : quand les idées reçues freinent l'action des opticiens
Publié le 30 septembre 2026
À l'approche des Journées de la Vision, prévues du 8 au 31 octobre 2026, un sondage* réalisé par Acuité pour l'AsnaV met en lumière un manque d'information sur la…
Les dernières news
La Masterclass Afflelou a fait sa première rentrée nationale
Publié le 22 octobre 2026
La Masterclass Afflelou, en partenariat avec l’Institut Supérieur d’Optique (ISO), a fait sa première rentrée nationale avec près de 120 nouveaux étudiants
Partenaire
LunetiersFrench Rétro réinterprète une icône de la musique à travers la lunetterie
Publié le 22 octobre 2026
La marque française de lunettes French Rétro dévoile une nouvelle collection créée en collaboration avec la marque de guitares Fender®. Elle transpose le langage visuel…
Sécurité des magasins : les recommandations et informations avant la journée du 24 octobre
Publié le 22 octobre 2026
À la suite des échanges menés depuis le week-end dernier avec le Conseil du Commerce de France (CdCF), d’autres fédérations du commerce et le ministère de l’Intérieur,…