Temps de lecture : 4 min
Une première. Neuralink, la start-up américaine cofondée par Elon Musk qui développe des implants cérébraux a annoncé avoir posé avec succès la première puce cérébrale sur un patient humain.
Contrôler les objets électroniques par la pensée, permettre aux personnes paralysées de retrouver l'usage de leurs membres, redonner la vue aux aveugles... Les déclarations d'Elon Musk au sujet des puces cérébrales développées par Neuralink sont nombreuses et dithyrambiques. Mais qu'en est-il vraiment ?
Rendre la vue
En novembre 2023 sur X (anciennement Twitter), l'entrepreneur américain a répondu à un père demandant de l'aide au sujet de la cécité de son fils de 14 ans :
« C'est une maigre consolation, mais Neuralink travaille sur une puce pour la vision qui sera prête dans quelques années. C'est le prochain domaine de recherche après la mise en place de la connexion aux smartphones et ordinateurs pour les personnes ayant perdu leur autonomie. Nous attendons l'autorisation légale pour un essai sur le premier être humain ».
Autorisation que l'entreprise de neurotechnologie a reçu de l'autorité sanitaire américaine, la FDA (food and drug administration) en mai dernier pour effectuer des essais cliniques sur les êtres humains, après de nombreux tests sur les animaux*.
Mais comment une puce électronique pourrait-elle permettre de rendre la vision ?
Un dispositif complexe et invasif
En réalité, il ne s'agit pas de réparer le système visuel mais de générer une image directement dans le cerveau.
Le robot chirugical Neuralink qui implante la puce cérébrale connecte 64 microfils souples, plus fins qu’un cheveu, à la surface du cerveau. Couverts de 16 électrodes chacun (1.024 au total), ces filaments sont capables de décoder les signaux neuronaux ou de stimuler certaines zones cérébrales.
L'utilisateur devrait porter une caméra numérique de type GoPro, qui transmettrait sans fil un flux visuel en direct via Bluetooth sur un smartphone qui lui-même convertirait ces données en un signal neuronal renvoyé dans la puce Neuralink. La puce transmettrait ensuite ce signal neuronal au cerveau, qui décoderait l'information et générerait une image.
Un futur pas si proche
Plusieurs obstacles restent à franchir. Et en premier lieu, la compréhension que nous avons du traitement visuel de l'information par notre cerveau. Bien que Neuralink étudie les signaux émis et reçus par le cortex visuel, les processus cognitifs complexes restent difficile à appréhender. Lignes, contours, formes... Il est raisonnable de penser que la vision promise sera rudimentaire dans un premier temps.
Sans parler de toutes les questions éthiques, législatives, et de santé qu'un tel implant peut poser, en plus de potentiels problèmes de rejets et de réactions immunitaires, voire d'infections. En plus des 40 000 dollars nécessaires à l'opération.
Des cobayes humains ?
Le premier patient humain - dont la puce a été greffé dans une région du cerveau qui contrôle les mouvements - se porte bien et serait capable de déplacer le curseur d'une souris d'ordinateur à l'aide de son implant, selon Elon Musk qui s'est exprimé sur X récemment. Mais doit-on s'inquiéter des essais sur les humains ?
Rappelons que d'après Reuters, 1 500 animaux (singes, cochons, moutons, rongeurs, etc.) seraient morts depuis le début des expérimentations en 2018.
Un comité d’éthique a exhorté, le 20 septembre 2023 dans un courrier les hauts responsables de la Securities and Exchange Commission (SEC) américaine (équivalent de notre Autorité des marchés financiers) à enquêter sur les dessous des recherches de Neuralink. Sur la base des dossiers vétérinaires, ils affirment que des complications liées aux procédures d’implantation ont conduit à de nombreuses souffrances animales. Neuralink est d'ailleurs visée par plusieurs enquêtes des autorités américaines, notamment pour maltraitance animale.
*En 2021, Neuralink a dévoilé une vidéo d'un singe jouant au jeu vidéo Pong « avec son esprit », dans laquelle un macaque nommé Pager interragit avec l'écran grâce à la puce qui fait office d'interface cerveau-machine.
Le macaque Pager « joue à Pong » par la pensée, sans manette ni clavier. @Neuralink
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
Une étude américaine remet en cause la promesse d'Elon Musk de vaincre la cécité grâce à Neuralink
Publié le 02 août 2024
« Blindsight » : c'est le nom du prochain projet Neuralink porté par le milliardaire Elon Musk, qui ambitionne de restaurer la vue des personnes non-voyantes, même de…
Zeiss muscle ses investissements dans la santé connectée
Publié le 17 août 2026
Le groupe allemand accélère dans les lunettes intelligentes. Sa branche de capital-risque, Zeiss Ventures, vient de mener une levée de fonds de 2,2 millions d’euros pour…
Meta restreint l'accès gratuit à la fonction d'amplification audio sur ses lunettes connectées
Publié le 13 juillet 2026
Meta a récemment modifié les conditions d'utilisation de ses lunettes connectées, conçues en partenariat avec Ray-Ban et Oakley. La fonctionnalité « Conversation Focus »…
Les dernières news
Opéré de la myopie au Lasik, il garde des séquelles : les Quinze-Vingts condamnés
Publié le 21 août 2026
Près de douze ans après une opération de la myopie, le contentieux opposant un patient au Centre hospitalier national d’ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts connaît un…
Un OVNI dans les rues de Toulouse pour faire connaître son magasin d’optique
Publié le 21 août 2026
« Chaque fois que je le sors, on me prend toujours en photo. » Difficile, il est vrai, de passer inaperçu à bord de l'engin utilisé depuis quelques mois par Thierry…
Le marché des verres de freination de la myopie pourrait tripler d’ici 2034
Publié le 21 août 2026
Encore relativement récent, le marché des verres destinés à freiner la progression de la myopie chez les enfants et adolescents pourrait connaître une forte accélération…
Entre la théorie et la pratique c'est toujours compliqué. Je pense pas qu'on ait une connaissance suffisante du cerveau pour y arriver. Alors ne parlons même pas de la maîtrise que ça nécessiterait. Si Musk n'arrive même pas à créer des voitures 100% autonomes qui doivent gérer des processus 100 fois moins complexes que le cerveau bah j'ai du mal à y croire. Vaut mieux ne pas donner de faux espoirs dans ce genre de cas.