Temps de lecture : 3 min
Documents à télécharger
Depuis 10 ans, Glen Jeffery, professeur à l’Institut d’ophtalmologie de l’University College de Londres, étudie le vieillissement des cellules, et en particulier visuelles, ainsi que les mitochondries, composant essentiel de chaque cellule. Une étude publiée dans le Journal of Gerontology (disponible en pdf ci-contre) met en évidence les bénéfices de l’exposition de la rétine à une lumière rouge à onde longue pour ralentir la dégradation visuelle liée à l’âge, comme la DMLA.
« Il faut compa
rer les mitochondries à des batteries contenues dans la cellule », explique le professeur Jeffery. « Comme pour une batterie de voiture, au fil du temps il peut y avoir des fuites, entrainant une perte d’intensité et de performance. C’est pareil pour les mitochondries : elles alimentent nos cellules en énergie, et au fil du temps elles perdent de leur efficacité et peuvent même finir par favoriser les inflammations et accélérer le vieillissement. Dans la DMLA, comme pour Parkinson ou d’autres maladies neurologiques, tout commence par une défaillance des mitochondries ».
Ralentir les effets du vieillissement
« La particularité de la rétine, c’est qu’elle est beaucoup plus facile à observer que d’autres organes du corps, et qu’elle comporte plus de mitochondries que n’importe quelle autre partie du corps », poursuit le Pr Jeffery. « Les cellules photoréceptrices de l’œil consomment aussi beaucoup plus d’énergie issue des mitochondries. Par conséquent, les yeux subissent l’effet du vieillissement plus rapidement que les autres organes. À partir de 40 ans, la plupart des individus subissent une dégradation de leur acuité visuelle. Seule la lumière rouge permet de stimuler les mitochondries, les autres couleurs du spectre ont plutôt un effet délétère sur elles. La lumière bleue, surtout autour de 420 nanomètres, est très nocive pour les mitochondries ».
Une simple lampe torche équipée d’un filtre rouge
L’institut a invité 24 volontaires (12 hommes et 12 femmes) entre 28 et 72 ans, sans pathologie oculaire, à participer à des séances de luminothérapie. Après un bilan visuel, les volontaires doivent exposer leurs rétines pendant 3 minutes chaque jour, chez eux, à un faisceau de lumière rouge. Pour cela, il suffit d’une lampe torche ordinaire (LED) émettant une lumière de 650 nm à 1000 nm et un filtre rouge. Pas besoin de garder les yeux ouverts pendant le traitement : les ondes longues traversent la paupière. L’exposition doit être réalisée le matin, car les mitochondries suivent le rythme circadien. Les effets sont réputés être efficaces pendant trois à quatre jours.
Une lampe torche accompagnée d'un filtre rouge utilisée par le Pr Jeffery (crédit UCL)
Des résultats encourageants
Sur les patients de moins de 40 ans, l’exposition à la lumière rouge n’a pas d’impact. Pour les autres en revanche, la discrimination des contrastes lumineux dans les tons de bleu perçus par les cônes s’améliore jusqu’à +20%. La sensibilité des bâtonnets est également améliorée, avec des résultats cependant moins significatifs que sur les cônes. Ralentir le déclin des mitochondries pourrait ainsi retarder le développement de pathologies comme la DMLA.
L’étude ne met pas en évidence d’éventuels effets délétères de la lumière rouge sur d’autres parties de l’œil comme la cornée ou le cristallin, mais les recherches du Pr Jeffery continuent. A terme, des lunettes thérapeutiques pourraient être commercialisées pour remplacer la technique de la lampe de poche.
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
De la théorie à la restauration de la vue : l’optogénétique couronnée du prix Nobel de Médecine 2026
Publié le 16 octobre 2026
Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 a été décerné aux pionniers de l’optogénétique, Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel. Cette prestigieuse…
DMLA sèche : vers un premier traitement par voie orale
Publié le 15 octobre 2026
La DMLA sèche touche de nombreux patients pour lesquels les options thérapeutiques demeurent limitées, particulièrement aux stades initiaux de la maladie.
Santé visuelle des enfants : quand les idées reçues freinent l'action des opticiens
Publié le 30 septembre 2026
À l'approche des Journées de la Vision, prévues du 8 au 31 octobre 2026, un sondage* réalisé par Acuité pour l'AsnaV met en lumière un manque d'information sur la…
Les dernières news
Optique-lunetterie : l’accord salarial du 9 juillet 2026 étendu à toute la branche
Publié le 16 octobre 2026
L’arrêté du 12 octobre 2026 portant extension de l’accord du 9 juillet 2026 relatif aux salaires minima de la branche de l’optique-lunetterie de détail (IDCC 1431) a été…
Partenaire
ProfessionOpticien, et si vous deveniez l’accélérateur de l’accès aux soins visuels ? Osez le changement avec Lyleoo.
Publié le 16 octobre 2026
Dans des milliers de rues françaises, il existe déjà un lieu où l’on prend soin de la vue : votre magasin. Pendant que vos clients attendent des mois un rendez-vous chez…
De la théorie à la restauration de la vue : l’optogénétique couronnée du prix Nobel de Médecine 2026
Publié le 16 octobre 2026
Le prix Nobel de physiologie ou médecine 2026 a été décerné aux pionniers de l’optogénétique, Karl Deisseroth, Peter Hegemann et Georg Nagel. Cette prestigieuse…
MDR!!! ca sent le prochain verre essilor qui améliore la transmissibilité à la lumière rouge... On Parie?
Améliorer chaque jour la qualité visuelle de nos clients, n'est ce pas un de nos principaux objectif ?
Sans parler d'Essilor, je me réjouis des innovations apportées par nos verriers surtout si elle préserve la sante oculaire
Oui, mais avec quel niveau de preuve d'efficacité ?
Il faut se réjouir des avancées du domaine de l'oeil, et rester circonspect vis-à-vis de tout ce qui n'est pas testé de façon carrée (essais cliniques).
Tout à fait, ici l'expérience ne porte que sur 24 patients mais d'autres études sont en cours et devraient, dans les prochaines années, venir confirmer ou infirmer l'intérêt de la lumière rouge.