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Nouvelle vague de suspicion autour des lunettes connectées de Meta.
Déjà sous le feu des critiques concernant le respect de la vie privée, la firme de Mark Zuckerberg se retrouve au cœur d’une autre polémique.
Selon une enquête du magazine américain Wired, Meta avait discrètement intégré un module de reconnaissance faciale au code de son application compagnon Meta AI, une application déjà téléchargée par plus de 50 millions d'utilisateurs.
La reconnaissance faciale en temps réel au bout du nez
Baptisé en interne « NameTag », ce module est conçu pour analyser les visages captés par la caméra des lunettes Ray-Ban et Oakley.
Le fonctionnement technique du dispositif repose sur plusieurs étapes :
- Analyse des visages dans le champ de vision. Les visages non reconnus étaient isolés et placés dans un dossier temporaire (« pending »).
- Traduction des traits du visage en « empreintes faciales » (signature biométrique)
- Confrontation de ces empreintes avec une base de données stockée directement sur le smartphone de l'utilisateur pour envoyer une notification en cas de correspondance.
Bien que la fonctionnalité n’ait pas encore été activée pour le grand public, les experts en cybersécurité ont prouvé qu'elle était déjà opérationnelle.
Un chercheur indépendant, connu sous le pseudonyme de Buchodi, a réussi à activer le système. Il y a injecté l'empreinte faciale du philosophe Michel Foucault. L'application a immédiatement réagi en affichant la notification « personne reconnue ».
Vers une « machine de surveillance décentralisée » ?
L'intégration de ce code depuis le mois de janvier contredit la communication officielle de Meta, qui affirmait mener une « approche très réfléchie » et n'en être qu'à une phase de réflexion.
Pour Cooper Quintin, chercheur en sécurité interrogé par Wired, le risque est immense. Meta a désormais la capacité de transformer ses utilisateurs en une véritable « machine de surveillance décentralisée ».
Cette perspective suscite une vive inquiétude chez les défenseurs des libertés publiques. En avril dernier, plus de 70 associations ont exhorté Meta à abandonner ce projet.
Mettre un outil d'identification en temps réel, dissimulé dans des lunettes du quotidien, entre les mains du grand public fait peser des risques majeurs de harcèlement et de surveillance sauvage, particulièrement pour les populations vulnérables (immigrés, personnes LGBT, victimes de violences, etc).
Des documents internes dévoilés par le New York Times suggèrent par ailleurs que Meta comptait s'appuyer sur le « contexte politique instable » pour déployer sa technologie au moment où ses détracteurs seraient focalisés sur d'autres sujets.
Un retrait d'urgence et une contre-attaque médiatique
Face à la publication de l'enquête, la réaction de Meta ne s'est pas fait attendre. Dans les heures qui ont suivi, la multinationale a déployé une mise à jour corrective pour supprimer les bibliothèques de reconnaissance faciale de son application.
La direction de Meta a toutefois fermement critiqué la couverture médiatique de l'affaire, et a estimé que les articles donnaient une image trompeuse et exagérée d'un simple projet exploratoire. Pour sa défense, l'entreprise insiste sur deux points : la fonctionnalité n'a jamais été activée pour les clients et le stockage des données était purement local (sur le smartphone), excluant toute base de données centrale de visages.
Pour l’instant, les lunettes connectées restent commercialisées avec leurs fonctions d'origine (assistant vocal, capture photo/vidéo, réseaux sociaux).
Si le module biométrique a été retiré en urgence, Meta n'a pas explicitement exclu de réintroduire la reconnaissance faciale à l'avenir.
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