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La question de la vie privée continue de rattraper les lunettes connectées. En Allemagne, l'ONG HateAid a déposé, le 12 août, une plainte pénale visant Meta, EssilorLuxottica, mais également plusieurs enseignes commercialisant les Ray-Ban Meta. Une procédure qui pourrait avoir des conséquences directes pour les distributeurs.

Une plainte qui vise toute la chaîne de distribution

Déposée auprès de l'unité spécialisée dans la cybercriminalité du parquet de Francfort, la plainte concerne Meta, les marques Ray-Ban et Oakley d'EssilorLuxottica, ainsi que Fielmann, Apollo-Optik, Mister Spex et MediaMarkt. Le parquet a confirmé avoir reçu le dossier et procéder à son examen préliminaire.
HateAid s'appuie sur la législation allemande qui encadre les dispositifs capables d'enregistrer clandestinement des images ou des sons lorsqu'ils sont dissimulés dans des objets du quotidien. L'association considère que l'apparence relativement classique des Ray-Ban Meta, équipées d'une caméra et de microphones, pourrait entrer dans ce cadre.
Un point est particulièrement contesté : le voyant lumineux qui signale une prise de vue. Si Meta met en avant ce dispositif – ainsi qu'un système désactivant la caméra lorsque le voyant est masqué –, HateAid estime que le signal reste trop discret pour permettre aux personnes présentes d'identifier clairement qu'elles sont filmées. Des techniques permettant de contourner cette protection avaient par ailleurs déjà été documentées.

« Personne n'est à l'abri des lunettes connectées, nulle part. Il faut s'attendre à tout moment à être filmé, puis exposé sur internet. Toutes les personnes impliquées dans la vente doivent être tenues pour responsables. » 
Josephine Ballon, DG de HateAid

Entre surprise et contestation

Meta et les distributeurs contestent ces accusations, rappelant que les lunettes connectées avaient déjà fait l’objet d’un examen par l’Agence fédérale allemande des réseaux (Bundesnetzagentur) en 2022 avant d'être mises sur le marché, avançant le fait qu'elles offrent davantage de garantie qu'un smartphone grâce au voyant lumineux. 

Plusieurs distributeurs allemands visés par la plainte ont réagi par la surprise. Mediamarktsaturn assure ne commercialiser que des produits conformes à la réglementation. De son côté, Mister Spex préfère attendre les éventuelles communications officielles des autorités et se dit prêt à coopérer avec les enquêteurs si nécessaire.
Pour l'heure, la plainte ne préjuge pas d'une interdiction des Ray-Ban Meta, ni même de l'ouverture d'une procédure judiciaire. Elle intervient néanmoins dans un contexte de vigilance accrue en Europe, notamment en Suisse et en Espagne. En France, la CNIL s'est également saisie du sujet et a engagé des travaux spécifiques sur les enjeux de vie privée liés aux lunettes équipées de caméras et de microphones.
Pour les opticiens, l'affaire allemande sera à suivre de près : en visant également les enseignes qui commercialisent ces équipements, HateAid déplace le débat de la seule responsabilité du fabricant vers celle des distributeurs.

Écrit par la Rédaction

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