En Guadeloupe, le conflit social qui s'est noué contre la vie chère depuis le 20 janvier impacte durablement l'activité économique. L'optique n'échappe pas à la règle. Le comité de grève a contraint la quasi-totalité des magasins à baisser le rideau. "Deux de nos points de vente sont fermés depuis le 22 janvier, nous précise Alain Monier, Directeur de Lynx Antilles. Nous avons bien essayé de les rouvrir 2 ou 3 fois mais les intimidations ont eu raison de ces tentatives. Nos autres magasins, ouverts de manière sporadique, ont fermé définitivement depuis le 16 février".

Benoit-Julien Dorchies, propriétaire d'un magasin à Baie-Mahault, s'est résolu à cesser toute activité depuis plusieurs jours. "Ouvrir, c'est s'exposer à des risques certains. J'ai été victime d'un départ de feu à l'arrière de la boutique. J'ai jugé plus opportun de ne pas insister", raconte-t-il. Les rares magasins ouverts n'échappent pas à la paralysie. C'est le cas de Legros Optique : sa position excentrée dans la commune de Baie-Mahault, théâtre de scènes de pillage (voir news en relation), lui a permis de rester en grande partie ouvert. "L'activité est forcément restreinte, témoigne David Jean-Marie, Responsable du magasin. La population a le plus grand mal à circuler en raison des barrages. Et les gens ont d'autres priorités - trouver de l'essence, des produits alimentaires. L'optique passe au second plan". La Guadeloupe paralysée, c'est toute la chaîne optique qui est grippée avec des conséquences immédiates et des incertitudes sur l'avenir.

"Depuis le début de la grève, nous n'avons réalisé que 20% du chiffre d'affaires habituel, relève Alain Monier pour Lynx Optique. Avec les fermetures de magasins, il a fallu gérer l'absence forcée du personnel au moyen des congés payés et des RTT, avant d'entamer des mesures de chômage technique." Benôit-Julien Dorchies estime que ces fermetures pèsent durement sur la trésorerie et mettent en péril les petites structures. "Bien que le magasin reste ouvert, son chiffre d'affaires est affecté de manière très nette", ajoute David Jean-Marie.

A des centaines de kilomètres, en Guyane, l'atelier de surfaçage Antilles Optique Précision subit la crise en Guadeloupe et Martinique à distance. "Notre production a chuté d'environ 70% depuis le début du conflit, témoigne Christian Crouzet, Responsable technique et développement de cet atelier qui alimente les magasins Afflelou et Mi-Prix Optic. Depuis hier, nous n'avons plus aucune commande en provenance des Antilles. Et nous craignons de faire face à des cas d'insolvabilité : sans recette, comment les magasins vont-ils honorer leurs factures ?" A Baie-Mahault, David Jean-Marie ne dit pas autre chose. "Le plus dur est à venir. L'économie ne se relèvera pas du jour au lendemain. Beaucoup n'auront pas perçu de salaire. D'autres auront été purement licenciés. J'espère me tromper mais il y aura sans doute un flottement pendant plusieurs mois".

En grève depuis une dizaine de jours, la Martinique traverse une situation économique analogue. Une opticienne martiniquaise témoigne sur notre forum de sa situation personnelle, des difficultés quotidiennes et de ses craintes pour l'avenir. Cliquez ici pour lire son témoignage et participer à la discussion.
Écrit par la Rédaction

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