Les Mutuelles de Vaucluse inquiètes de la dégradation de la notion de solidarité
 
L'Union des Mutuelles de Vaucluse, qui fête ses 30ans, passe à l'attaque. S'alarmant de la dégradation de la notion de solidarité au sein de notre système social et de la lente privatisation du soin, elle s'efforce de garder la population en éveil. Entretien avec Dolorès Meunier, présidente de l'Union des Mutuelles de Vaucluse (UMV).
 
- Quel est le rôle social de l'UMV pour les citoyens ?
Dolorès Meunier : L'Union des Mutuelles de Vaucluse, créée en 1978, a pour mission d'intervenir pour la sauvegarde de notre système de protection social français. Nous nous efforçons d'alerter la population sur la teneur des dernières mesures gouvernementales prises en matière de santé, que ce soit d'ordre financier avec le déremboursement et les franchises médicales ou bien d'ordre infrastructurel. Nous voulons mettre en garde la population devant le manque de corps médical et les faibles moyens de financement dont dispose le système de santé.
 
- Quel est votre principal cheval de bataille ?
D. M. : Dénoncer le démantèlement de notre système solidaire ! L'Etat, qui contrôle le budget de la Sécurité Sociale depuis 1983, s'est lancé dans une logique de marchandisation de la santé: déremboursement des médicaments, forfait hospitalier...
En réduisant les seules dépenses socialisées par la SS et en ouvrant ainsi aux assurances complémentaires santé un marché de plus en plus étendu, le système solidaire se rompt, petit à petit. En arguant sans cesse le problème du trou de la Sécu et donc de la nécessité de réduire les dépenses, l'Etat a cherché à culpabiliser les citoyens : certains consomment trop, d'autres sont qualifiés de voleurs.
 
- Vous vous opposez aussi au projet de loi " Hôpital- Patients-Santé-Territoires " de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot.
D. M. : Ce projet de loi accentue la destruction de l'hôpital public et favorise les cliniques privées dont une grande partie est la propriété de fonds de pension, de sociétés financières dégageant des profits pour les actionnaires. Désormais, et c'est déjà le cas à Carpentras, un véritable pôle santé intègre hôpital, rebaptisé établissement de santé public et placé sous la tutelle d'un directeur, et clinique. De ce fait, les interventions nécessitant du matériel de haute technologie incombent aux cliniques, tandis que le reste, essentiellement les maladies à tarification peu élevée, est dévolu aux hôpitaux.
C'est une loi bâtie autour de deux intentions : d'une part corseter l'hospitalisation dans une organisation pyramidale sous tutelle directe du ministère, d'autre part accélérer le processus de privatisation du soin et de la recherche biomédicale.
 
- Quels sont les risques encourus par la population ?
D. M. : En prônant des hôpitaux gérés comme des entreprises et en imposant un système de gestion de l'hôpital pour arriver à son équilibre budgétaire, les soins et les aides accordés aux patients vont naturellement baisser en qualité. Tout le monde doit prendre conscience que nous nous rapprochons d'un système de santé proche de celui des États-Unis, où moyen financier équivaut à la qualité des soins administrés.
C'est la loi du plus riche ! Le corps médical va aussi en pâtir: les méthodes du privé font irruption dans les établissements publics (intéressement, contrats de mission, rémunération au mérite). La part variable des rémunérations s'étend et peut aller jusqu'à 70% de la part fixe dans certains cas. D'où obligation de résultats !
 
 
Source : La Provence

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