Le vêtement de travail est souvent perçu comme une "seconde peau", constructeur d'un statut et source de fierté mais il peut aussi être vécu comme une contrainte, ont souligné des universitaires lors d'un colloque organisé au Cnam.
 
Animée par Ginette Francequin, maître de conférence en psychologie du travail au Conservatoire national des Arts et Métiers, cette journée thématique a mêlé jeudi témoignages et analyses d'experts.
 
Pour l'avocat Vincent Vieille, pas de doute : sa robe joue un rôle fondamental. "Lorsqu'on se balade dans le Palais de Justice, le fait de porter une robe vous dispense de prouver votre identité, votre fonction. Vous endossez l'identité collective d'une profession", indique cet ancien ouvrier devenu inspecteur du travail puis avocat.
 
"Il y a tout un cérémonial pour la mettre", relève-t-il, démonstration à l'appui: passer les manches, mettre le rabat blanc de côté pour pouvoir boutonner la robe, mettre l'épitoge en place, ramener au centre le rabat. Et surtout ne pas s'habiller en salle d'audience devant les magistrats.
 
Maryse Fleury, qui travaille à l'hôpital de Dreux, a l'amour du métier chevillé au corps. Infirmière devenue cadre, elle tient à garder son "pyjama blanc" alors que sa fonction hiérarchique l'autorise à se contenter d'une blouse blanche non boutonnée sur ses habits de ville. "Je ne supporte pas. J'aurais l'impression de renier ma profession première", explique-t-elle.
 
Pompier volontaire en Eure-et-Loir, Philippe Buloup confie que son uniforme est "bien plus qu'un bout de tissu": grâce à lui, "on appartient à un groupe, on fait bloc. Le public nous reconnaît".
 
Alors quand l'uniforme change, ce n'est pas toujours bien vécu. "En 2002, les gendarmes ont subi une révolution dans leur apparence", déclare François Cathala, capitaine de gendarmerie. "Pour rapprocher la police et la gendarmerie, dans une volonté politique, on nous a supprimé notre képi et on nous a donné une casquette. On a changé notre identité visuelle. On ne nous reconnaît plus", souligne ce militaire qui travaille au service historique de la Défense.
 
"Le vêtement de travail protège. Il définit un statut, il montre où l'on se situe dans la hiérarchie, à quel corps de métier on appartient", explique Ginette Francequin, qui vient de publier "Le vêtement de travail, une deuxième peau" chez Erès. "Mais il peut également constituer une contrainte", ajoute-t-elle.
 
Responsable import et production chez Petrossian, maison spécialisée dans le caviar, Nicolas Berhault reconnaît que dans les usines de la société, les salariés doivent porter blouses, bottes, gants, charlottes, masques pour des raisons d'hygiène et de sécurité. "C'est très inélégant" et certains ont du mal à accepter la charlotte bleue jetable, admet-il.
 
"Il ne faut pas oublier la première peau !", lance un participant au colloque en déplorant que certaines entreprises cherchent à "écraser l'identité personnelle du salarié pour imposer celle de l'entreprise". "Pour trouver ma respiration dans le milieu de la restauration, je me suis laissé pousser la barbe", indique-t-il.
 
"Et même lorsqu'il n'y a pas d'uniforme, on retrouve du contrôle social", insiste Guillaume Malochet, sociologue au Cnam. Vêtu d'un épais pull noir à col roulé et d'un jean, il explique qu'il "porte un uniforme": dans les milieux universitaires, "si vous arrivez en costume-cravate, vous êtes la risée de vos collègues".
 
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Source : AFP

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