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Le décret du 12 juin 2026 autorisant les opticiens à réaliser des examens de réfraction en Ehpad ne suscite ni opposition ni enthousiasme particulier du côté des ophtalmologistes. 

Pour le Dr Vincent Dedes, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof), ce texte apporte quelques clarifications pratiques, mais ne modifie pas fondamentalement la prise en charge visuelle des résidents. « Il n'y a rien de surprenant, rien de très nouveau », résume-t-il. Le représentant du Snof rappelle que les discussions menées en amont avec les représentants des opticiens avaient permis de dégager plusieurs points de consensus, notamment sur la nécessité de maintenir un ancrage territorial des professionnels intervenant dans les établissements. L'une des préoccupations des ophtalmologistes concernait en effet les structures mobiles intervenant à distance des lieux de vie des patients. « Ce qui nous embêtait, c'était les acteurs qui passent d'un Ehpad à un autre sans avoir d'adresse réelle. Cela pose des questions de suivi, de continuité des soins et de service après-vente », explique-t-il. 

Pas de nouvelles compétences pour les opticiens 

Pour le président du Snof, le décret ne crée pas de nouvelles prérogatives pour les opticiens - bien qu'ils aient le droit, pour la première fois, de réaliser un examen de vue en dehors de leur magasin physique. Il relativise également la portée de l'expérimentation qui a précédé la publication du texte. Selon lui, les données recueillies auraient été limitées et n'auraient pas permis une évaluation approfondie de l'impact du dispositif. « Nous avons demandé les chiffres à la DGOS. Les retours étaient très modestes et essentiellement basés sur la satisfaction des patients », estime-t-il. 

Il y a probablement encore des patients en difficulté, mais nous constatons au quotidien que des réponses existent déjà.

L'accès aux soins visuels en Ehpad n'est pas vraiment un problème

Au-delà de la question des ordonnances, le président du Snof estime que plusieurs solutions existent déjà pour améliorer la prise en charge visuelle des résidents d'Ehpad. Parmi elles figure notamment le recours aux orthoptistes dans le cadre des protocoles de coopération déjà en place (protocole Doré qui autorise des prises de mesures par les orthoptistes dans les Ehpad). Les établissements hospitaliers pourraient également renforcer leurs interventions au sein des Ehpad grâce à la mobilisation d'internes, d'assistants ou de chefs de clinique. Une autre piste consiste à s'appuyer sur les équipes spécialisées de soins (ESS), qui peuvent intervenir lorsque le déplacement du patient est réellement impossible. Dans les Hauts-de-France, où ce dispositif couvre plusieurs millions d'habitants, le responsable syndical affirme toutefois que les sollicitations restent très rares. Selon lui, les situations complexes existent, mais la plupart des résidents finissent par trouver une solution adaptée, qu'il s'agisse d'une consultation en cabinet, d'une intervention sur place ou de la mise en place d'un transport médicalisé. « Il y a probablement encore des patients en difficulté, mais nous constatons au quotidien que des réponses existent déjà », résume-t-il.

Le sujet des ordonnances reste entier 

Pour les ophtalmologistes, la principale difficulté demeure celle des résidents qui n'ont pas consulté depuis longtemps et ne disposent plus d'une ordonnance valide, bien que cela soit rare, d'après le président du Snof. Ce dernier indique travailler avec les représentants des opticiens et des orthoptistes afin d'imaginer de nouvelles solutions pour ces situations particulières. Parmi les pistes évoquées figure notamment la réalisation d'un bilan ophtalmologique avant l'entrée en Ehpad. Une telle mesure permettrait, selon le syndicat, de disposer d'un dossier de référence facilitant ensuite le renouvellement des équipements lorsque l'état de santé du patient se dégrade. « Une fois que le patient est connu et que son dossier est documenté, il est beaucoup plus facile de prolonger une ordonnance ou d'organiser son suivi », explique le président du Snof. 

Quand un opticien quitte son magasin pour aller voir un résident en Ehpad, il consacre du temps à cette prise en charge. Il serait logique que cet effort soit reconnu.

Une rémunération pour les déplacements ? 

Le syndicat se montre également favorable à une autre évolution qui n'a finalement pas été retenue dans le décret : la création d'une rémunération spécifique pour les opticiens qui se déplacent auprès des personnes âgées dépendantes. « Quand un opticien quitte son magasin pour aller voir un résident en Ehpad, il consacre du temps à cette prise en charge. Il serait logique que cet effort soit reconnu », estime-t-il. Selon lui, cette mesure aurait notamment bénéficié aux opticiens indépendants ou aux petites structures, souvent plus contraintes lorsqu'il s'agit de quitter temporairement leur point de vente. 

Au final, le Snof considère que le décret constitue davantage une adaptation organisationnelle qu'une réforme majeure de la santé visuelle en Ehpad. Pour les ophtalmologistes, les véritables enjeux restent l'accès aux soins spécialisés, la gestion des ordonnances et l'organisation du suivi médical des personnes âgées dépendantes.

Écrit par la Rédaction

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Matthieu Gerber mer 08/07/2026 - 14:43

Le Dr Dedès affirme que « l'accès aux soins visuels en EHPAD n'est pas vraiment un problème », que les sollicitations sont rares et que des solutions alternatives existent. Il arrive seul pour contester un besoin que le Parlement a reconnu en 2019, que deux ARS ont expérimenté pendant quatre ans avec des protocoles évalués, que des équipes de CHU ont publié dans des revues à comité de lecture, et que le gouvernement a traduit en droit en juin 2026.

Les données de terrain disent autre chose : 67,3 % des résidents n'avaient pas eu de consultation ophtalmologique depuis plus de 3 ans, 57,5 % présentaient une pathologie oculaire non diagnostiquée, 30 % avaient une acuité visuelle initiale inférieure à 3/10 (CHRU de Rennes, JFO 2021). Ce n'est pas marginal. C'est un abandon documenté.

La faible fréquence des sollicitations observées par le Dr Dedès à l'échelle locale ne peut être extrapolée à l'échelle nationale. L'absence de demande exprimée ne saurait être interprétée comme une absence de besoins. Depuis une dizaine d'années, plusieurs études (Inserm, ICOPE, CHRU Rennes, thèses, CHU Caen, Rogers M & Langa K...) démontrent pourtant ces besoins et les causes de renonciation aux soins (fatalisme du vieillissement, difficulté de déplacement, disponibilité d'un proche, perte d'autonomie, handicap...). Comme le met en évidence dernièrement une étude de l'ASNAV, de nombreuses personnes âgées considèrent leur baisse de vision comme une conséquence normale du vieillissement, contre laquelle il n'existerait aucune solution. Comme le souligne Véronique Morin, responsable scientifique de l'AsnaV, le principal frein au recours aux soins réside dans cette résignation face à une perte de vision perçue comme inévitable avec l'âge.

La diminution de l'acuité visuelle évolue souvent de manière silencieuse. Les personnes âgées s'y adaptent progressivement, retardant le recours à une prise en charge. Lorsqu'un signal d'alerte apparaît, les atteintes visuelles peuvent déjà être avancées : à l'échelle mondiale, seuls 50 % des patients atteints d'un glaucome savent qu'ils en sont porteurs. C'est bien là tout l'enjeu du dépistage et de la prévention.

Sur l'ancrage territorial : avoir voulu conditionner la qualité de l'intervention à la détention d'un magasin physique, c'est méconnaître quatre années d'expérimentation. Ce qui garantit la qualité de la prise en charge, ce ne sont pas les murs d'un magasin : c'est la disponibilité à se déplacer quotidiennement dans une logique territoriale, la formation aux publics vulnérables, l'engagement dans une norme au service des personnes, la convention avec l'établissement et la coordination avec toutes les parties prenantes. Restreindre l'intervention aux seuls opticiens disposant d'un local constituerait un frein direct à la dynamique d'aller-vers, pourtant centrale dans les orientations du ministère.

Sur les données d'évaluation : l'affirmation selon laquelle les retours seraient « très modestes » est factuellement inexacte. En lien avec les ARS, Les Opticiens Mobiles ont produit des données quantitatives et qualitatives sur plus de 4 500 résidents dans plus de 60 EHPAD. Ces résultats ont permis de construire un protocole de téléexpertise asynchrone par un duo opticien/ophtalmologiste, expérimenté avec deux ARS, qui se déroule en trois étapes : en EHPAD, l'opticien réalise la réfraction et les mesures avec du matériel portable, sans poser de diagnostic ni délivrer d'ordonnance ; le dossier est transmis via une plateforme sécurisée HDS ; l'ophtalmologiste analyse le dossier à distance, pose le diagnostic et décide seul de la suite du parcours. C'est le même principe que la téléexpertise en radiologie : l'acte technique est réalisé sur place, l'interprétation médicale à distance, le patient orienté vers le plateau technique seulement si la situation clinique l'exige. L'ophtalmologiste reste le seul garant du diagnostic et de la prescription dans 100 % des cas. Aucune ordonnance sans acte médical. Les actes sont dissociés de la vente.

Sur les orthoptistes comme alternative : le projet DORE reconnaît lui-même sa limite principale, le manque d'orthoptistes disponibles pour intervenir sur les lieux de vie. 222 patients dans 11 EHPAD sur deux ans ne constituent pas une réponse déployable à l'échelle nationale. L'objectif n'est pas d'opposer les métiers de la filière, mais de les rendre complémentaires. Entre 58 % et 80 % des patients ne nécessitent pas de déplacement en cabinet. Organiser un transport pour 100 % des résidents afin d'en soigner 20 à 40 % en présentiel n'est ni efficient, ni médicalement justifié.

Le périmètre réel dépasse largement les EHPAD : 2,1 millions de personnes sont aujourd'hui en perte d'autonomie en France, et elles seront 4 millions d'ici 2050 (en établissements médico-sociaux, à domicile, en résidence autonomie, en résidence service séniors...). Les problèmes visuels non corrigés multiplient par 2 le risque de chute, par 5 le risque de déclin cognitif. Ce n'est pas un sujet cloisonné pour la filière visuelle. C'est un enjeu de santé publique.

Une précision utile : le Dr Dedès se dit favorable à une rémunération spécifique pour les opticiens qui se déplacent auprès des personnes âgées dépendantes. C'est exactement l'un des freins identifiés durant les quatre années d'expérimentation, et nous saluons cette convergence.

Ce modèle ne menace pas la qualité des soins ophtalmologiques, c'est tout le contraire. La place de l'ophtalmologiste reste centrale. Il menace peut-être un certain modèle économique. La différence est essentielle.

Matthieu Gerber mer 24/06/2026 - 10:49

Merci Florence Leduc pour votre réponse. L'opticien lunetier a des compétences, il investit effectivement du temps en dehors de la délivrance d'un équipement. Ce travail de service doit être valorisé ou à défaut il se retrouve caché dans le prix de l'équipement et permet la deuxième paire à 1€. Lorsqu'il se déplace, il engage des coûts et des frais : du temps, de l'essence ou la batterie pour son véhicule, parfois des péages, des frais de parking et de la gestion administrative après sa visite...ce n'est donc pas gratuit. Le valoriser est même rassurant pour les patients, les aidants, les équipes médicales des établissements.

Isabelle Thibaudeau mar 23/06/2026 - 09:55

opticienne à domicile depuis 8 ans, nous rencontrons effectivement des cas particuliers ou les résidents sont en incapacité de se déplacer. nous sommes sollicités par les cadres de santé et les médecins des EHPAD, pour éviter à maximum l'isolement.
nous travaillons en toute humanité et facturer nos déplacements seraient abuser. le lien avec les équipes des EHPAD permet d'etre contacté régulièrement et c'est une collaboration.
donc non à la facturation des déplacements pour éviter les abus.

Florence Leduc mer 24/06/2026 - 07:57

Facturer le déplacement serait au contraire une bonne chose pour les petits magasins qui sont obligés de fermer ou de se déplacer entre midi sans avoir le temps de manger…
D’une manière générale, il faut arrêter d’en offrir davantage. On offre déjà l’examen de vue, la deuxième paire, les étuis, les microfibres, le temps du tiers payant, les plaquettes de rechange, les soudures ( ah non, on ne sait plus les faire…) et j’en oublie ! On se décrédibilise en fait car si on peut offrir tout ça, dans la tête des gens c’est bien la preuve qu’on se gave sur le reste.
Si je dois me déplacer hors de la commune, je facture et les familles trouvent ça normal.

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