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Un décret publié le 12 juin 2026 vient renforcer les missions des opticiens intervenant en Ehpad. Après plusieurs années d’expérimentation, ce texte leur permet désormais de réaliser sur place un examen de réfraction complet et leur confère un rôle accru dans la coordination de la santé visuelle des résidents. Une évolution saluée par les acteurs du secteur, qui estiment toutefois qu’elle ne répond qu’en partie aux difficultés d’accès aux soins visuels des personnes âgées dépendantes.

Un premier pas pour répondre aux enjeux démographiques

Cette évolution s’inscrit dans un contexte démographique inédit.

La France compte aujourd'hui plus de 2 millions de personnes de 60 ans ou plus en perte d’autonomie dont 700 000 vivent en Ehpad. Ce chiffre est appelé à croître avec le vieillissement de la population jusqu'à nous mener devant le "mur démographique", c'est-à-dire une explosion du nombre de seniors, conséquence de notre société thermo-industrielle.

En 2050, les 75 ans et plus seront 11,3 millions (+ 80 % entre 2018 et 2050), dont 4 millions en perte d’autonomie. Or, 1 résident en Ehpad sur 3 présente déjà aujourd'hui un trouble visuel non ou mal corrigé avec des conséquences directes et documentées sur leur santé globale : risque de chutes multiplié par deux, risque de démence augmenté de 50 %, malnutrition, repli social et perte de mobilité.

Une avancée majeure mais incomplète

Pour Matthieu Gerber, président et fondateur des Opticiens Mobiles, cette publication constitue une reconnaissance du rôle que les opticiens peuvent jouer auprès des publics fragiles.

Il estime toutefois que cette avancée ne devrait pas se limiter aux seuls Ehpad. « L’accès à la santé visuelle ne devrait pas dépendre du lieu de vie mais des besoins des patients et des aidants », plaide-t-il, appelant à étendre ce cadre aux autres établissements médico-sociaux ainsi qu’au domicile. On estime en effet que 1,4 millions de personnes âgées en perte d'autonomie vivent à domicile, soit deux fois plus que les résidents d'Ehpad. 

Le maillon faible reste l’accès à l’ophtalmologiste

Si le décret facilite l’intervention des opticiens, il ne résout pas l’une des principales difficultés rencontrées par les personnes âgées dépendantes : l’accès au diagnostic médical de l’ophtalmologiste.

Un résident d'Ehpad n'est pas un patient comme un autre : état de santé incompatible avec les transports, manque d’accompagnants, délais d’attente importants ou encore accessibilité parfois limitée des cabinets constituent autant de freins au suivi ophtalmologique des résidents.

Pour Matthieu Gerber, qui est également investisseur dans la société de téléexpertise Sym Optic, la prochaine étape doit consister à développer davantage les consultations ophtalmologiques à distance dans les Ehpad, mais également dans les autres structures médico-sociales et au domicile. L’objectif serait notamment de faciliter le dépistage de pathologies telles que la cataracte, la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), le glaucome ou encore la rétinopathie diabétique. Une expérimentation dans ce sens a lieu depuis deux ans avec une collaboration opticien-ophtalmo dans les régions Centre Val-de-Loire et Auvergne-Rhône-Alpes, qui devrait bientôt être rendue publique. 

 

« Le décret ouvre la voie : il appartient désormais aux pouvoirs publics d’aller au bout de la logique », estime-t-il. Une position qui relance le débat sur les solutions de télémédecine et de délégation de compétences susceptibles de répondre à la pénurie d’ophtalmologistes et aux difficultés d’accès aux soins des publics les plus fragiles.

« Beaucoup résument le problème à l’accès à une ordonnance. Ce n’est pas le sujet. Le véritable enjeu, c’est l’accès à un bilan médical ophtalmologique pour des personnes qui ne peuvent plus se déplacer. »

Le rôle de coordination de l'opticien

Sur le terrain en Ehpad, l’opticien est l’interlocuteur qui fait le lien entre les familles, l’établissement, le médecin traitant et l’ophtalmologiste - comme le mentionne le décret. Après avoir identifié un besoin visuel, encore faut-il obtenir un avis médical, organiser un rendez-vous, transmettre les informations utiles et suivre le dossier jusqu’à son aboutissement. Aucun acte remboursé n'existe aujourd'hui, et l'opticien doit facturer son déplacement et son expertise au patient. 

« La réfraction représente finalement une petite partie du travail », souligne-t-il. « Le plus long, c’est souvent la coordination. »

Une avancée qui ne change pas les règles de remboursement

Le décret ne modifie pas les conditions de remboursement des équipements optiques. Les règles de renouvellement restent identiques et l’obtention d’une ordonnance demeure indispensable dans la plupart des situations.

Pour cette raison, il estime que l’amélioration de l’accès aux soins visuels passera nécessairement par une meilleure organisation du recours à l’ophtalmologiste pour les personnes les moins mobiles.

« Le décret règle une partie du problème, mais pas le chaînon manquant », résume-t-il.

L'évolution naturelle de la filière visuelle

La logique engagée par le législateur pourrait ouvrir la voie à une organisation plus large du parcours visuel des personnes dépendantes. Au niveau technologique, tout existe pour permettre le développement de solutions permettant aux ophtalmologistes d’intervenir à distance lorsque les déplacements sont impossibles. Il ne manquerait plus que quelqu'un d'habilité à prendre ces mesures.

« La question n’est plus seulement de savoir qui réalise l’examen de vue », conclut-il. « La question est de savoir comment garantir un accès effectif au diagnostic et au suivi médical pour des personnes qui, aujourd’hui encore, restent largement exclues du parcours de soins visuels. »

Écrit par la Rédaction

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