Un ophtalmologiste à la retraite a été condamné vendredi à une amende de 8 000 euros pour exercice illégal de la médecine. Ce spécialiste de 87 ans a loué son affaire à des confrères et pratiqué des opérations interdites en cabinet. Plus grave, des cornées ont été achetées à des établissements étrangers non agréés. Deux confrères allemands ont également été condamnés dans cette affaire déclenchée en septembre 2000 par la plainte d'une patiente auprès de l'Ordre des médecins.

Officiellement à la retraite depuis 1998, le docteur Robert-Jean Klein est resté propriétaire de son cabinet du centre de Strasbourg, qui comprend un espace de consultation, une salle d'opération et du matériel médical. Il loue ses locaux à plusieurs confrères, qui bénéficient ainsi de sa clientèle. Des greffes de la cornée sont même pratiquées au cabinet, alors que le code de la santé publique impose qu'elles se déroulent à l'hôpital ou en clinique. "Le bloc opératoire était conforme, explique Robert-Jean Klein à nos confrères des Dernières Nouvelle d'Alsace, je dirigeais le matériel, je n'opérais pas." L'enquête révèle encore que certaines cornées proviennent de banques étrangères, qui ne sont pas répertoriées parmi les établissements agréés. "On a en France 800 cornées par an. Il nous en faut entre 1 200 et 1 500", justifie l'ophtalmologiste.

"Homme de paille" du cabinet, le docteur Klaus Broghammer se défend d'avoir participé aux greffes. "J'ai fait des interventions au laser mais je n'ai jamais participé à une transplantation de cornée". Agé de 70 ans, cet ophtalmologiste allemand est devenu le prête-nom du cabinet, après avoir obtenu l'autorisation d'exercer en France. Un autre spécialiste allemand, le docteur Dieter Dausch, est lui aussi accusé d'avoir mis ses compétences au service du cabinet. "J'ai montré comment opérer. Mais je ne savais pas que c'était illégal", se défend-il. Il a écopé de 3 000 euros d'amende. Klaus Broghammer devra s'acquitter de 5 000 euros d'amende et verser 2 780 euros de dommages-intérêts à la CPAM.

Contacté par téléphone, Jean-Bernard Rottier, Président du Syndicat des Ophtalmologistes de France, estime que cette affaire est "honteuse et déplorable". "Nos confrères sont allés au-delà de toutes les règles déontologiques et médicales. Je souligne tout de même que je n'ai jamais entendu parler de procédés similaires, et que ce genre d'agissements est tout à fait exceptionnel et isolé" a-t-il ajouté.
Écrit par la Rédaction

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