L'efficacité de la prothèse auditive appelée implant cochléaire dépendrait non pas de l'appareil lui-même, mais plutôt du système cérébral des porteurs. L'implant cochléaire est un dispositif de stimulation électrique implanté dans l'oreille et piloté par un émetteur extérieur. Il est destiné aux cas de surdité sévère à profonde, qui ne tirent plus de bénéfice d'un appareillage auditif conventionnel.
Dans les cas de grande surdité, le cerveau se réorganise de telle sorte que le cortex auditif est pris en charge par la région cérébrale voisine, celle de la vision. La perception de stimuli visuels active les aires auditives, ce qui permet aux malentendants d'acquérir des habiletés à communiquer grâce au langage des signes ou à la lecture labiale.
Si la pose de l'implant cochléaire survient après cette réorganisation des sens, le patient captera moins bien les signaux auditifs. C'est pourquoi la performance de l'implant cochléaire est spectaculaire chez les enfants en bas âge, car leur cortex n'a pas eu le temps de se modifier.

Doctorant en sciences biomédicales à l'École d'orthophonie et d'audiologie de Montréal, François Champoux a procédé à une étude comportementale sur 17 sujets porteurs d'un implant cochléaire. Les sujets ont dû écouter et répéter un mot entendu d'abord dans une situation uniquement auditive, puis devant différents stimuli visuels (couleur, mouvement, etc.).
Le chercheur a observé une chute de l'audition pouvant atteindre cent pour cent chez certains porteurs mis en présence de stimulus visuels inhabituels. "Les porteurs d'un implant cochléaire se plaignent parfois de ne rien entendre lorsqu'ils sont au volant. Évidemment, on entend moins bien en raison du bruit. Je me suis demandé si le mouvement sur la route et l'impossibilité de lire sur les lèvres n'empêchent pas aussi de percevoir la parole", explique François Champoux, coauteur de l'étude avec les professeurs Franco Lepore, Jean-Pierre Gagné et Hugo Théorêt.

"Si ces résultats permettent d'accroître la compréhension du problème, ils jettent aussi un doute dans l'esprit de tout audiologiste, constate François Champoux. Il semble que la réadaptation auditive des personnes sourdes dépende du degré de leur réorganisation corticale. Or, la réadaptation actuelle n'est pas basée sur ce critère."
Comment rendre la réadaptation auditive optimale? Quelles en sont les limites? Selon François Champoux, ces questions sans réponse exigent la création de techniques permettant de mesurer et de prédire l'efficacité de l'implant cochléaire. "Je souhaite qu'on découvre des moyens pour que les personnes sourdes arrivent à mieux intégrer leurs systèmes visuel et auditif", conclut-il.
Écrit par la Rédaction

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