Temps de lecture : 4 min
La caisse primaire d'Assurance Maladie de Charente (CPAM) a porté plainte suite à des pratiques illégales présumées au centre Laser Vision à Soyaux.
Une orthoptiste aurait employé des opticiens-optométristes pour effectuer des actes médicaux réservés aux orthoptistes, et ce pendant près de deux ans. Une pratique frauduleuse qui aurait permis aux actes réalisés d'être remboursés par la Sécurité Sociale, puisque facturés sous le numéro professionnel d'un orthoptiste.
Nous avons interrogé Thibaud Thaëron, président de l'Association des Optométristes de France (Aof) et Vincent Dedes, président du Syndicat National des Ophtalmologistes de France (Snof). Le syndicat national des orthoptistes s'est exprimé dans un communiqué.
Thibaud Thaeron, président de l’AOF :
« La fraude réside dans le fait que ces opticiens optométristes ont réalisé des actes réservés aux orthoptistes. Qu’ils soient en cabinet d’ophtalmologie ou d’orthoptie, les opticiens ne sont pas autorisés à réaliser un examen de pression intra-oculaire, qu’ils aient le statut d’assistant médical ou non.
Cette situation en Charente met en lumière des choses que nous connaissons déjà : il y a un manque d’ophtalmologistes et d’orthoptistes dans certaines régions de France. Bien que cette pratique ait rendu service à de nombreux patients, elle est en dehors du cadre règlementaire et semble avoir été tolérée par les autorités locales pendant 2 ans.
Nous condamnons cette pratique. Cependant, cela met en lumière le rôle de l'opticien optométriste et ses compétences dans la santé visuelle. Nous continuerons de le mettre en avant et de demander aux autorités de légiférer pour s’appuyer sur nos compétences. »
Vincent Dedes, président du Snof :
« Deux choses sont illégales dans cette affaire : l’utilisation de cotations orthoptiques par des opticiens, et le détournement de protocole.
En effet, ils auraient détourné le protocole de coopération type RNM (Muraine-frêté) ne fonctionne qu’entre des orthoptistes et des ophtalmologistes et seulement auprès de patients bien définis, entre 16 et 50 ans, déjà suivis par un ophtalmologiste, sans pathologies et seulement pour un renouvellement optique. On se doit d’assurer la continuité des soins, autant que possible sur le même territoire.
Les actes exacts qui ont été réalisés ne sont pas connus, et n'oublions pas la présomption d'innocence. Mais il est clair que, sous couvert d’accès aux soins, cette pratique peut avoir un motif financier non négligeable. On sait que l’orthoptiste qui employait des opticiens cotait à 6 endroits différents.
Il est surprenant qu’un médecin se soit prêté à ce genre de pratiques en signant les ordonnances, d'autant plus qu'il n’y a pas de difficultés à accéder aux lunettes en France, qu'on soit situé en zone tendue ou non.
Il faut reconnaitre qu'aujourdhui, on a tellement poussé le cadre règlementaire qu’il devient compliqué à comprendre, pour les patients comme pour les professionnels de santé. »
Syndicat national autonome des othoptistes (Snao) :
Dans un communiqué, le Snao rappelle qu'il « tire la sonnette d'alarme depuis des années sur la fraude et l'exercice illégale de l'orthoptie ». Le syndicat constate que « de nombreux élus locaux et instances ont fermé les yeux sur ces problèmes » malgré les problèmes signalés :
- Fraude et exercice illégal ;
- Utilisation abusive de titres ;
- Diplômes étrangers non reconnus ;
- Télémédecine non régulée.
Dans le cas du Laser Vision de Soyaux, le Snao s'interroge car « certains élus locaux soutiennent ces initiatives », ce qui pose la question de savoir si « les Français sont prêts à mettre leur santé en péril pour accéder plus rapidement aux soins ? »
« Le Snao insiste sur l'importance de ne pas sacrifier la sécurité pour la rapidité, et appelle à une action urgente pour réguler et protéger la santé des Français et la professions des orthoptistes. »
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
La CPAM de Charente porte plainte pour exercice illégal de la médecine dans un centre de consultation ophtalmologique
Publié le 23 mai 2024
La CPAM de Charente a porté plainte pour exercice illégal de la médecine dans un centre de consultation ophtalmologique situé à Soyaux. Le centre Laser Vision aurait eu…
Lunettes connectées : Meta et ses distributeurs visés par une plainte pénale en Allemagne
Publié le 17 août 2026
La question de la vie privée continue de rattraper les lunettes connectées. En Allemagne, l'ONG HateAid a déposé, le 12 août, une plainte pénale visant Meta,…
Lisez ou relisez les news les plus lues ce premier semestre 2026 sur Acuité
Publié le 31 juillet 2026
C'est l'heure de notre traditionnelle pause estivale ! La rédaction ferme ses portes pour 15 jours et vous donne rendez-vous dès le lundi 17 août. Retour sur les sujets…
Les dernières news
Opéré de la myopie au Lasik, il garde des séquelles : les Quinze-Vingts condamnés
Publié le 21 août 2026
Près de douze ans après une opération de la myopie, le contentieux opposant un patient au Centre hospitalier national d’ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts connaît un…
Un OVNI dans les rues de Toulouse pour faire connaître son magasin d’optique
Publié le 21 août 2026
« Chaque fois que je le sors, on me prend toujours en photo. » Difficile, il est vrai, de passer inaperçu à bord de l'engin utilisé depuis quelques mois par Thierry…
Le marché des verres de freination de la myopie pourrait tripler d’ici 2034
Publié le 21 août 2026
Encore relativement récent, le marché des verres destinés à freiner la progression de la myopie chez les enfants et adolescents pourrait connaître une forte accélération…
En tant qu'opticien près d'un point de chute de Laser Vision, je recommande souvent à mes clients de consulter le centre le plus proche en raison du bon suivi médical qu'ils offrent et de la proximité. Cette situation est préoccupante, mais il est essentiel de noter que les patients ont été satisfaits des services reçus. Je tiens également à ajouter que les médecins traitants de la région ne sont plus tout jeunes et estiment qu'ils ne doivent pas faire d'ordonnance pour le renouvellement des lunettes, même en cas d'urgence. Espérons qu'une solution durable soit trouvée pour la suite.