Plus de 5 000 glaucomes potentiellement non dépistés selon le SNOF

Le premier risque avancé concerne le retard de diagnostic.
Le syndicat estime ainsi que plus de 5 000 patients ayant obtenu une ordonnance via certains dispositifs de téléexpertise pourraient être atteints d’un glaucome non dépisté et donc rester sans traitement. Un chiffre qui doit cependant être considéré comme une estimation : il a été calculé à partir de la prévalence du glaucome en France, appliquée aux 300 000 patients ou clients ayant eu recours à une prescription optique via téléexpertise.

La télémédecine est un outil au service de l’accès aux soins, à condition qu’elle reste de la médecine
Vincent Dedes, président du SNOF, qui demande notamment l'application des règles rappelées par le Conseil national de l'Ordre des médecins (CNOM) et l'Assurance Maladie.

Lentilles de contact : le GIFO s'interroge sur l'écart entre dépenses et marché

Selon les estimations présentées par le syndicat des ophtalmologistes, 30 à 40 % des prescriptions réalisées via certains dispositifs de téléexpertise concerneraient des lentilles, soit une proportion quatre à cinq fois supérieure à celle observée en consultation présentielle. Ces estimations reposent sur l'analyse de données de facturation d'équipements optiques.

Le SNOF met ces chiffres en regard d'un autre écart, relevé cette fois avec le GIFO (Groupement des Industriels et Fabricants en Optique). Les dépenses consacrées aux lentilles correctrices ont atteint 861 millions d'euros en 2024 selon la DREES, tandis que les données du groupe Contactologie du GIFO évaluent à environ 400 millions d'euros le chiffre d'affaires du marché des lentilles.

Une différence qui conduit le GIFO à s'interroger sur la correspondance entre les dépenses remboursées et les achats effectivement réalisés. Le communiqué rappelle parallèlement que le taux d'équipement en lentilles atteint 7 % en France, contre 11 % en moyenne en Europe, et évoque l'hypothèse d'un usage détourné du forfait « lentilles » de certaines complémentaires santé, au-delà des besoins réels d'équipement.

La lutte contre les déserts médicaux également questionnée

Le SNOF remet par ailleurs en cause l'un des principaux arguments avancés en faveur de la téléexpertise : l'amélioration de l'accès aux soins dans les territoires sous-dotés. Selon le syndicat, une majorité des actes étudiés serait réalisée dans de grandes métropoles, notamment Paris, Marseille, Toulouse et Lyon, plutôt que dans les territoires rencontrant les difficultés d'accès aux soins les plus importantes.

Une partie des données utilisées provient de l'analyse des demandes de remboursement d'équipements optiques adressées à la complémentaire santé Alan. Le communiqué précise bien qu'elles ne concernent donc qu'un seul organisme. Leur extrapolation à l'ensemble des complémentaires laisse toutefois penser, selon le SNOF, que certains praticiens auraient pu générer plusieurs milliers d'ordonnances pour des patients situés à plusieurs centaines de kilomètres.

Agrément et traçabilité des prescriptions réclamés

Face à ces constats, le SNOF réclame la création d'un agrément obligatoire pour les sociétés pratiquant la téléexpertise, sur le modèle du dispositif applicable aux sociétés de téléconsultation. Le syndicat souhaite également une traçabilité complète des prescriptions, depuis leur réalisation jusqu'à la délivrance des lunettes ou lentilles, afin de permettre l'identification et le contrôle des ordonnances issues de la télémédecine.
Le syndicat soutient par ailleurs le renforcement annoncé des contrôles de l'Assurance Maladie et souhaite que les échanges entre celle-ci et les organismes complémentaires permettent de mieux identifier d'éventuelles pratiques frauduleuses, dans le respect du secret médical et du RGPD.

Dépôts de plaintes ordinales

Enfin, le dossier prend désormais une dimension ordinale. Le conseil d'administration du SNOF a voté à l'unanimité le dépôt de plaintes ordinales contre plusieurs acteurs et prescripteurs de sociétés de téléexpertise dont les pratiques seraient, selon lui, susceptibles de contrevenir au cadre médical et réglementaire.

Écrit par la Rédaction

Vous avez la parole !

pour pouvoir poster des commentaires

Les dernières news

Voir + de news