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Sur le papier, le dispositif existe. La législation prévoit un bilan de santé en école maternelle pour les enfants de 3 à 4 ans, réalisé par les services de Protection maternelle et infantile (PMI). Les nouvelles recommandations publiées par la Haute Autorité de santé en juin 2026 précisent notamment le dépistage d’un éventuel déficit visuel, avec contrôle de l’acuité, de la réfraction et de l’oculomotricité.

Un bilan prévu pour tous les enfants de maternelle

En pratique, la situation est plutôt hétérogène. Santé publique France relève des différences dans les pratiques, les outils et l’exploitation des bilans selon les départements, au point de souligner la nécessité d’une harmonisation nationale pour garantir une « équité de repérage » entre les enfants.

Une étude publiée cette semaine portant sur les cinq départements des Hauts-de-France illustre pourtant l’intérêt du dispositif : parmi les enfants ayant bénéficié d’un bilan, 14 % présentaient une suspicion de trouble visuel nécessitant une orientation vers un professionnel de santé. 

Les troubles visuels chez l'enfant sont, après les troubles du langage, l’un des principaux motifs d’orientation vers un professionnel de santé

40 000 enfants dépistés l’année dernière en maternelle

Un autre dispositif est parallèlement développé par l’Assurance maladie et l’Éducation nationale. Complémentaire des actions de la PMI, il mobilise notamment des orthoptistes libéraux pour réaliser des dépistages visuels sur le temps scolaire.

Près de 40 000 enfants en ont bénéficié pendant l’année scolaire 2025-2026. Depuis septembre, le programme poursuit son déploiement dans des écoles pilotes de plusieurs dizaines de départements. Le dépistage est pris en charge à 100 %, sans avance de frais, sous réserve de l’autorisation des parents.

Un dépistage visuel insuffisamment documenté 

Difficile de connaître précisément le nombre d’enfants effectivement dépistés visuellement chaque année. Si l’Assurance maladie annonce près de 40 000 dépistages des 3-4 ans en 2025-2026 dans le cadre de son dispositif complémentaire, les données nationales consolidées des dépistages visuels réalisés parallèlement par les PMI ne sont pas disponibles pour cette période. L’Assurance maladie estime toutefois que près d’un enfant sur quatre en petite section ne bénéficie pas chaque année du bilan de santé de la PMI.

Reste une autre difficulté : transformer le dépistage en prise en charge. Lors du bilan de l’expérimentation menée en 2022-2023 dans 11 départements, environ trois enfants sur quatre chez lesquels une anomalie avait été identifiée avaient ensuite consulté un professionnel de santé. Un résultat encourageant, mais qui signifie aussi que le repérage ne conduit pas systématiquement à une consultation.

En primaire et au collège, un trou dans la raquette

Après la maternelle, le dépistage reste très inégal. 

  • Une visite médicale est prévue au cours de la sixième année de l'enfant, avec notamment le repérage des troubles sensoriels. Mais en 2024-2025, seuls 13,5 % des enfants en éducation prioritaire ont effectivement rencontré un médecin scolaire dans ce cadre, et 8,5 % hors éducation prioritaire. Le ministère de l’Éducation nationale nuance toutefois ces chiffres en précisant qu'ils ne comptabilisent pas l'analyse du dossier médical lorsqu'elle ne débouche pas sur une visite.
  • Au collège, la couverture est plus importante mais reste loin d'être universelle. La visite de dépistage infirmier prévue au cours de la 12e année comprend notamment un dépistage des troubles visuels. En 2024-2025, 65,9 % des élèves ont bénéficié de cette visite, selon le ministère de l'Éducation nationale. Ce taux ne permet toutefois pas de connaître précisément le nombre de dépistages visuels effectivement réalisés.

Ce suivi est pourtant particulièrement important à l’âge scolaire, période pendant laquelle une myopie peut apparaître ou progresser. 

La HAS recommande, pour les enfants de 7 à 18 ans, de rechercher notamment les céphalées ou la fatigue visuelle lors des efforts de fixation et de mesurer l’acuité visuelle de loin, en monoculaire et en binoculaire. 

Elle préconise de répéter ces investigations tous les deux à trois ans, et davantage en présence d’antécédents familiaux de myopie. Ces recommandations relèvent toutefois du dépistage individuel par les médecins, notamment généralistes, pédiatres et médecins scolaires : elles ne correspondent pas à un programme organisé permettant de contrôler systématiquement la vue de tous les élèves tous les deux ou trois ans. Et c'est bien dommage. 

Écrit par la Rédaction

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