Temps de lecture : 4 min
La loi El Khomri (ou Loi Travail) a été définitivement adoptée le 21 juillet, à la suite d'un nouveau recours à l'article 49.3* de la Constitution. Comme acuite.fr vous l'expliquait hier, le texte assouplit de nombreuses règles en matière de temps de travail, des dispositions concernant les heures supplémentaires... Mais la réforme revoit également les conditions dans lesquelles une entreprise peut licencier économiquement un de ses salariés. En parallèle, elle revient sur le plafonnement des indemnités prud'homales, initialement prévu par la Loi Macron.
Licenciement économique
Le texte définit avec plus de précisions les motifs pouvant entraîner un licenciement économique. Les difficultés économiques rencontrées par l’entreprise pourront notamment être caractérisées par une baisse des commandes ou du chiffre d’affaires pendant un certain nombre de trimestres consécutifs, qui varie en fonction de la taille de l'entreprise. Ce nombre est fixé à :
- 1 trimestre de baisse du chiffre d'affaires ou des commandes pour les entreprises de moins de 11 salariés ;
- 2 trimestres pour les entreprises employant entre 11 et 49 salariés ;
- 3 trimestres pour les entreprises ayant entre 50 à 299 salariés ;
- 4 trimestres pour les entreprises de 300 salariés ou plus.
Il suffira désormais que l'entreprise remplisse ces conditions posées par la législation pour que le licenciement économique soit mis en oeuvre. Il sera alors difficile pour un salarié de contester le motif économique de son licenciement dès lors que ces critères sont réunis. Cette définition plus précise, avec l'introduction de nouveaux critères, aura également pour effet de réduire le pouvoir d’interprétation des tribunaux quant aux motifs économiques avancés par les patrons pour justifier le licenciement.
Cette nouvelle définition entrera en vigueur le 1er décembre 2016.
Indemnités aux prud’hommes
Tout salarié licencié abusivement par son employeur peut agir aux prud’hommes afin d’obtenir des indemnités. Actuellement, ces sommes ne font l’objet d’aucune limitation et leur montant peut donc être librement fixé par les juges, qui le déterminent au cas par cas. Une liberté qui est source d'incertitudes, notamment pour les employeurs, pour qui il est aujourd'hui difficile d'évaluer à l'avance les sommes qu'ils devront verser à l'issue d'un procès.
Afin d'harmoniser les montants accordés par les tribunaux, la Loi instaure des plafonds d’indemnités prud’homales, qui dépendront d’un barème. Ces montants maxima seront déterminés en fonction de l’ancienneté, sur le modèle du calcul des indemnités légales de licenciement. Exemple : un salarié dont l’ancienneté est comprise entre 2 et 5 ans ne pourra pas toucher plus de 6 mois de salaire.
Initialement prévu comme obligatoire, le barème des indemnités prudhommales en cas de licenciement abusif ne devrait finalement être qu'indicatif pour les conseils de prud'hommes. Sauf si l'employeur et le salarié demandent conjointement son application au juge.
En définitif, la version de la loi travail adoptée le 21 juillet est la même que celle déjà adoptée par l'Assemblée nationale le 6 juillet dernier. Le texte doit maintenant faire l'objet d'un contrôle de constitutionnalité. Le Conseil constitutionnel a en effet été saisi par 60 sénateurs du groupe Les Républicains. Il dispose désormais d'un délai d'un mois pour statuer. Si elle n'est pas censurée, la loi devrait être publiée dans la seconde partie du mois d'août au Journal Officiel.
*Manuel Valls a décidé d’engager la responsabilité du Gouvernement sur le vote du projet de loi Travail, conformément à l’article 49.3 de la Constitution.
Vous avez la parole !
pour pouvoir poster des commentaires
Nos lecteurs ont aussi lu...
Ce que la Loi Travail change pour la médecine du travail
Publié le 18 août 2016
Publiée au Journal officiel du 9 aout et validée par le Conseil constitutionnel la Loi Travail induit de nombreuses modifications au sein des entreprises. Après avoir…
Temps de travail, heures supplémentaires et congés : Zoom sur la Loi Travail
Publié le 25 juillet 2016
La Loi El Khomri (ou Loi Travail) a été définitivement adoptée le 21 juillet, à la suite d'un nouveau recours à l'article 49.3* de la Constitution. Dans l’ensemble, le…
Les franchisés voient rouge et en appellent à François Hollande
Publié le 07 juillet 2016
Hostile à la loi Travail, la Fédération Française de la Franchise (FFF) ne compte pas se taire. Elle demande le retrait de l’article 29 bis A du projet de loi, retiré…
Le gouvernement a cédé à la pression de la rue et des syndicats : nouvelle version de la loi Travail
Publié le 15 mars 2016
Le Premier ministre, Manuel Valls, a présenté hier la version corrigée du projet de loi Travail. Sous la pression de la rue, et notamment des étudiants, beaucoup de…
Pas de plafonnement des indemnités prud'homales, pour le moment...
Publié le 18 août 2015
Alors que les patrons dénoncent souvent l’incertitude des procédures prud’homales et les risques pour la survie de l’entreprise en cas de sanctions financières élevées,…
La Loi Macron revoit les règles du jeu entre salariés et employeurs
Publié le 23 juin 2015
Mise à jour du 18/08/2015 à 08:36 : Pas de plafonnement des indemnités prud'homales, pour le moment... Le Conseil constitutionnel a rejeté l'application de ce dispositif…
Les dernières news
Opéré de la myopie au Lasik, il garde des séquelles : les Quinze-Vingts condamnés
Publié le 21 août 2026
Près de douze ans après une opération de la myopie, le contentieux opposant un patient au Centre hospitalier national d’ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts connaît un…
Un OVNI dans les rues de Toulouse pour faire connaître son magasin d’optique
Publié le 21 août 2026
« Chaque fois que je le sors, on me prend toujours en photo. » Difficile, il est vrai, de passer inaperçu à bord de l'engin utilisé depuis quelques mois par Thierry…
Le marché des verres de freination de la myopie pourrait tripler d’ici 2034
Publié le 21 août 2026
Encore relativement récent, le marché des verres destinés à freiner la progression de la myopie chez les enfants et adolescents pourrait connaître une forte accélération…