Le jeudi 16 avril, Santéclair a tenu sa réunion annuelle des partenaires à l’Hôtel Gaillard, à Paris. L’événement a réuni les professionnels du secteur, parmi lesquels des assureurs, des courtiers, des entreprises clientes, ainsi que des représentants d’enseignes et des verriers référencés ou membres du réseau.

Au cours de son allocution, Christian Acknin, directeur général de Santéclair, a abordé les dossiers prioritaires de la plateforme. Il s’est particulièrement exprimé sur un sujet de tension pour la profession : le projet de loi de lutte contre la fraude et les menaces qui pèsent sur le maintien du tiers payant.

Nous l'avons interviewé. 

Acuité : Quel bilan tirez-vous de l’année 2025 ?
Christian Acknin, directeur général Santéclair : L'année 2025 a été notre première année complète pour le nouveau réseau optique et, dans ce domaine comme en audio et en dentaire, tous nos indicateurs sont en croissance. Notre réseau d'opticiens partenaires compte désormais plus de 3 700 professionnels. Au-delà des chiffres, c'est la dimension servicielle qui progresse fortement, Santéclair s'affirme de plus en plus comme un opérateur de services digitaux au cœur du contrat santé.

Comment évaluez-vous la qualité du service ?
C.A. : Nous suivons de très près le taux de satisfaction, qui est pour nous l'indicateur le plus authentique. Aujourd'hui, il atteint 97,6 % chez les bénéficiaires. Une satisfaction qui rejaillit notamment sur nos partenaires, qui se voient attribuer une note moyenne de 4,6/5 en optique, ce qui témoigne de leur sérieux et de leur engagement. Cette confiance se traduit par une fidélité accrue : malgré plus de 500 000 géolocalisations par an, une fois que l'assuré a trouvé son partenaire, il y reste.

Un mot sur l'origine des produits ?
C.A. : C’est un point de fierté. En 2025, sur les verres de classe B vendus dans notre réseau, 53 % sont certifiés Origine France Garantie. Nous soutenons activement la filière industrielle, ceux qui investissent en France et créent des emplois locaux.

L’Assemblée a récemment adopté un amendement qui vise à exclure les réseaux de soins du partage de données AMO/AMC. Qu’est-ce que cela changerait concrètement ?
C.A. : Pour les Français, ce serait une catastrophe d'ampleur industrielle. On parle de bloquer 15 milliards d'euros de flux de financement de soins.

Cet amendement ne vise pas seulement les réseaux de soins, mais tous les opérateurs tiers (également les opérateurs de tiers-payant, les délégataires de gestion) qui gèrent le tiers payant pour le compte des complémentaires santé, soit 90 % de leurs flux. Si ce texte passe en l’état, le système de tiers payant s'effondre : c'est un fait et non pas du chantage, contrairement à ce que certains le laissent entendre.

Certains syndicats s'inquiètent pourtant de l'utilisation de ces données de santé par des acteurs privés...
C.A. : On est dans la politique du slogan et de l'amalgame. Prétendre que les assureurs ou les réseaux manipulent les données pour tarifer selon l'état de santé est un pur fantasme. La loi Évin l'interdit, et les autorités de contrôle veillent. Mélanger, comme le font certains, une correction visuelle avec une analyse de sang pour effrayer l'opinion est une caricature.

Le cadre a été défini par la Direction de la Sécurité Sociale (DSS) et validé par la CNIL. Remettre en cause ce cadre, alors que ces autorités ont donné un avis favorable, c'est refuser la clarté du débat. Agiter le « chiffon rouge » de la donnée dès qu'il y a une cyberattaque est aussi une facilité. La cybersécurité est un « combat collectif » contre la criminalité et non une faille structurelle des assureurs. Ce n'est pas un argument pour freiner le progrès.


Vous estimez donc qu'il y a un décalage entre le discours des syndicats, certains professionnels, et les assurés ?
C.A. : Absolument. Quand je vois que votre sondage sur Acuité recueille 65 % d'avis favorable à la suppression du tiers-payant, je constate un décalage total avec les attentes des Français.

Selon des chiffres d'une étude de l'institut Toluna Harris Interactive, 89 % des Français souhaitent disposer du tiers payant en affirmant qu'il est important pour leur accès aux soins et 51 % le jugent même indispensable. C’est un facilitateur d'accès aux soins unanimement reconnu. S'opposer au tiers payant, c'est ignorer les besoins réels des patients. Dire que le tiers payant peut continuer sans échange de données, c'est de la manipulation d'opinion.

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Sondage Acuité
 

Qu'en est-t-il de la solution de traçabilité portée par les réseaux de soins ?
C.A. : Nous attendons les conclusions du projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales après le 28 avril, date de la commission mixte paritaire. Pour être très clair, si le texte qui limite les échanges de données est adopté, il n’y aura plus de solution de traçabilité, car il n’y aura tout simplement plus de tiers payant possible. Nous restons toutefois confiants.

Quels sont vos grands projets pour 2026 ?
C.A. : Nous allons poursuivre le déploiement de notre concept de « contrat santé augmenté ». Il repose sur sept piliers destinés à renforcer le rôle sociétal des assureurs en santé, notamment via des logiques RSE et bien entendu pour renforcer leur contribution à un accès aux soins facilité.

Nous allons également porter avec force les enjeux de prévention et continuer d'urbaniser nos environnements digitaux pour rendre nos interfaces toujours plus efficientes. Notre mission reste la même : accompagner les assureurs dans l’analyse de devis, la lutte contre la fraude et, surtout, l'accompagnement personnalisé des parcours de santé des bénéficiaires.