À l’occasion de son assemblée générale du 22 mars, Krys Group a annoncé la nomination d’Alexandre Leboucq à la présidence de son conseil d’administration. Fort d’un chiffre d’affaires de 1,5 milliard d’euros (optique et audition) en 2025, le groupement fédère aujourd’hui 1 675 magasins et 427 centres auditifs. Amaury Dutreil, directeur général du groupe, analyse pour Acuité les leviers de cette performance, avec l’accélération de l’audition et l’arrivée imminente des lunettes connectées Smart Signature Krys.

Amaury Dutreil, directeur général de Krys Group, lors de l'assemblée générale 2026
Acuité : Krys Group a enregistré une forte progression en 2025. Quels en sont, selon vous, les principaux moteurs ?
Amaury Dutreil : Notre croissance s’appuie sur deux piliers complémentaires. Le premier, c’est le développement du réseau. Avec 72 ouvertures nettes en optique en 2025, nous récoltons les fruits d'une stratégie de développement très active ces deux dernières années. À l’inverse, nous comptons moins de 15 fermetures, souvent liées à des situations très individuelles ou à l’absence de repreneur au départ à la retraite d’un associé.
Le second moteur, c’est la croissance organique à périmètre constant, portée par l’innovation. Cela concerne à la fois les pratiques en magasin et les produits. Sur les pratiques, nous déployons par exemple des outils de réalité virtuelle pour la prise de mesure. L’objectif est d’améliorer la précision de l’équipement et de proposer une expérience plus fluide au client. Sur les produits, les lunettes connectées constituent aujourd’hui un segment de rupture.
AC : Justement, quelle place occupent les lunettes connectées dans votre stratégie ?
A.D. : C’est une catégorie que nous suivons de près, parce qu’elle peut contribuer à faire évoluer le métier. Nous pensons que l’opticien doit prendre sa place sur ce marché. Aujourd’hui, près de 700 magasins de notre réseau distribuent les Ray-Ban Meta, et environ 400 les Oakley Meta. Les résultats sont variables d’un point de vente à l’autre, car ce sont des produits qui demandent de la pédagogie, de la démonstration et une certaine appropriation par les équipes.
Mais plusieurs indicateurs nous encouragent. D’abord, ces produits attirent de nouveaux clients : 50% des acheteurs de lunettes connectées seraient de nouveaux clients pour le magasin. Ensuite, ils génèrent un bon niveau de satisfaction. Cela montre que, lorsqu’elles sont bien présentées, les lunettes connectées trouvent leur place dans l’environnement de l’opticien.

Krys Group célèbre en 2026 ses 60 ans d'existence
AC : Krys Group s’apprête aussi à lancer son propre modèle. Dans quelle logique ?
A.D. : Notre modèle Signature Krys doit arriver en magasin début mai. C’est une étape de maturité avec notre positionnement. Derrière ce lancement, il y a l’idée que l’optique ne se limite plus à la santé visuelle et à la mode : elle intègre aussi une dimension technologique. Le sujet n’est pas seulement de vendre un nouvel objet. Notre rôle est d’accompagner le réseau dans cette mutation.
AC : L’audition fait aussi partie des relais de croissance du groupe. Jusqu’où ?
A.D. : L’audition est désormais un axe structurel de notre développement. L’activité a progressé de 32 % en 2025 et nous avons ouvert 87 centres sur l’année, pour atteindre 427 magasins d’audition. Beaucoup de ces centres sont encore jeunes : 60 % ont moins de quatre ans. Cela signifie qu’une grande partie du parc est encore en phase de montée en puissance. En 2025, l’audition a représenté 16 % de la croissance du groupe. Ce n’est pas encore le cœur du modèle en valeur absolue, mais sa contribution progresse nettement. Nous croyons fermement à ce modèle de "santé sensorielle" globale. Pour le client, réunir ces deux services dans un même lieu simplifie le parcours. Pour les associés, cela crée aussi des synergies d’exploitation et permet de diversifier l’activité.
À lire aussi : Alexandre Leboucq, nouveau président de Krys Group, place son mandat sous le signe de l'agilité
AC : Comment regardez-vous les prochaines années pour le marché ?
A.D. : Il existe des opportunités, mais aussi des points de vigilance. Le principal risque est réglementaire : évolution de la prise en charge, allongement de la durée de remboursement, ou restrictions sur la publicité. Ce sont des sujets qui peuvent peser à la fois sur le modèle économique des magasins et sur l’accès aux équipements pour les patients.
À l’inverse, plusieurs évolutions peuvent ouvrir de nouvelles perspectives. Les lunettes connectées en font partie. Plus largement, il y a une réflexion de fond autour de la santé visuelle. L’œil peut devenir un point d’entrée supplémentaire dans le repérage de certaines problématiques de santé. Cela ne veut pas dire que l’opticien se substitue au médecin, mais qu’il peut avoir un rôle accru dans l’orientation, la prévention et le parcours de proximité, à condition d’avancer dans un cadre clair et concerté avec le corps médical.

AC : Votre vision du métier d’opticien a-t-elle changé ?
A.D. : Elle s’est plutôt précisée. Je ne crois pas à une opposition entre professionnel de santé et “vendeur de lunettes”. Le métier réunit déjà plusieurs dimensions : la santé visuelle, l’esthétique, le conseil, et demain davantage de technologie. L’enjeu, c’est de tenir ensemble ces dimensions sans perdre ce qui fait la proximité du métier.
AC : Avec un peu de recul, qu’est-ce qui vous rend le plus fier depuis votre prise de fonction il y a un an ?
A.D. : Peut-être l’engagement du réseau sur la voie de la technologie. Les lunettes connectées bousculent les codes et les habitudes bien installées dans les magasins. Mais on sent une évolution progressive des pratiques, une curiosité qui s’installe et une appropriation du sujet par les équipes. C’est un changement de culture qui prend du temps, mais qui peut compter pour l’avenir du métier. Plus largement, j’ai aussi été frappé par l’attachement des associés au modèle coopératif du groupe. Malgré leur statut d’indépendant, il existe un réel esprit collectif, qui se traduit par une fidélité au réseau et une implication dans son développement.
