On a l'habitude de fermer les yeux pour mieux entendre un son à peine perceptible. Ce geste semble logique : en éliminant les distractions visuelles, il devrait permettre de mieux se concentrer sur l’audition. Pourtant, une étude récente vient renverser cette croyance bien ancrée.

Une intuition contredite par la science

Des chercheurs de l’Université Jiao Tong de Shanghai ont voulu tester cette pratique dans des conditions proches de la vie réelle, c’est-à-dire en présence de bruit. Leurs travaux, publiés dans The Journal of the Acoustical Society of America, révèlent un résultat surprenant : dans un environnement bruyant, fermer les yeux ne facilite pas l’écoute — au contraire, cela la rend plus difficile. Une découverte qui rappelle que nos sens ne fonctionnent pas de manière isolée, mais en étroite collaboration.

Une expérience en conditions contrôlées

Pour parvenir à cette conclusion, les scientifiques ont étudié la capacité de 25 participants à détecter différents sons (pagaie de canoë, tambour, chant d’alouette, train, clavier) masqués par un bruit rose constant de 70 dB(A).

Les participants devaient ajuster le volume jusqu’à percevoir les sons, dans quatre situations distinctes :

  • les yeux fermés
  • les yeux ouverts face à un écran vide (condition de référence)
  • avec une image fixe liée au son
  • avec une vidéo pertinente associée au son

Voir pour mieux entendre

Les résultats sont sans appel :

  • Fermer les yeux augmente le seuil de détection de 1,32 dB en moyenne, il devient plus difficile d’entendre les sons faibles
  • Une stimulation visuelle statique améliore légèrement la perception (–1,60 dB)
  • Une stimulation visuelle dynamique (vidéo) améliore encore davantage l’écoute (–2,98 dB)

Autrement dit, voir aide à entendre, surtout lorsque l’environnement est bruyant.

Ce que révèle le cerveau

Pour comprendre ce phénomène, les chercheurs ont également analysé l’activité cérébrale (EEG) chez 27 participants.

Ils ont observé que lorsque les yeux sont fermés, le cerveau adopte un mode plus stable et plus filtrant.

Problème : ce filtrage peut être trop efficace. Il ne supprime pas seulement le bruit ambiant, mais aussi… le son que l’on cherche à entendre.

À l’inverse, une stimulation visuelle pertinente maintient le cerveau dans un état plus réactif et connecté à l’environnement, ce qui facilite la séparation entre le signal utile et le bruit.

Une théorie unifiée de la perception

Les chercheurs proposent ainsi un modèle global :

Dans un environnement bruyant, l’engagement visuel améliore la détection auditive ;

Dans un environnement calme, la fermeture des yeux aide à mieux isoler les sons

Le cerveau ajuste donc son fonctionnement selon le contexte, en équilibrant stabilité et sensibilité.