Alors que l’accès aux soins reste sous tension dans de nombreuses spécialités médicales, l’ophtalmologie apparaît comme l’une des rares disciplines à avoir amélioré ses délais de rendez-vous ces dernières années. C’est l’un des enseignements de l’étude* Cartes de France de l’accès aux soins 2026, réalisée par Doctolib et la Fondation Jean-Jaurès pour le réseau ICI. Une étude qui vient relativiser les récents chiffres de l'Irdes, sans pour autant les contredire. 

Où se situe l'ophtalmologie

Les cardiologues affichent les délais médians les plus longs, avec 42 jours d’attente pour un rendez-vous, devant les dermatologues (32 jours) et les ophtalmologistes (21 jours). Dans ces trois spécialités, plus de 70 % des rendez-vous sont obtenus au-delà de sept jours. En cardiologie, seuls 8 % des rendez-vous peuvent être assurés sous 48 heures.

Mais l’ophtalmologie se distingue par une évolution jugée atypique : le délai médian d’accès y a été divisé par deux depuis 2017, passant de 43 à 21 jours, alors que les effectifs médicaux sont restés globalement stables. Selon l’étude, cette amélioration repose « principalement grâce au travail aidé (85 % des praticiens) et à la réorganisation de la filière visuelle ».

La collaboration entre les 3 "O" en cabinet saluée

Invité mardi 19 mai sur franceinfo, Martial Jardel, président de l’association Médecins solidaires, a lui aussi salué cette transformation organisationnelle. « En moins de dix ans, les ophtalmologistes ont divisé par deux le délai moyen d'accès alors qu'ils sont restés à effectifs constants », souligne-t-il. Il attribue cette évolution au développement du travail coordonné avec les orthoptistes et les opticiens, ainsi qu’à une forme de délégation de tâches permettant aux médecins de se recentrer sur certaines activités.

La fracture territoriale demeure

Entre 2023 et 2025, l’ophtalmologie fait partie des spécialités ayant encore amélioré leurs délais (-4 jours), aux côtés de la dermatologie (-3 jours), de la gynécologie (-2 jours) et de la chirurgie dentaire (-1 jour). À l’inverse, la cardiologie, la psychiatrie, la pédiatrie et les sages-femmes enregistrent une légère dégradation.

L’étude met également en évidence de fortes disparités territoriales. En ophtalmologie, les délais varient de 5 jours en Seine-Saint-Denis à 153 jours dans le Gers. En cardiologie, l’écart va de 16 jours à Paris à 164 jours dans le Gers. Les auteurs soulignent toutefois que ces tensions ne se limitent plus à une opposition entre zones rurales et urbaines : certaines métropoles connaissent également des difficultés d’accès.

La téléconsultation comme levier

Autre enseignement : la téléconsultation contribue à réduire les délais, notamment en médecine générale et en dermatologie, mais elle reste marginale dans les spécialités médicales, représentant moins de 3 % de l’activité hors psychiatrie et médecine générale.

Enfin, l’étude met en lumière un phénomène croissant de renoncement aux soins. Près de 63 % des répondants déclarent avoir abandonné la recherche d’un rendez-vous au cours des douze derniers mois, principalement faute de créneau compatible ou disponible. Un patient sur quatre affirme même s’être rendu aux urgences faute de consultation accessible en ligne.

 

*L’étude repose sur les données de 80 000 praticiens libéraux utilisateurs de Doctolib et plus de 234 millions de consultations réalisées en 2025. Dix professions de santé y sont analysées, entre soins de premier recours et spécialités médicales.