Le docteur Christophe Panthier, ophtalmologue à l'Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild, a réalisé les premières greffes de cornée à l'aide d'un casque de réalité augmentée.

Cette technique modifie l'organisation du bloc opératoire en intégrant les données numériques directement dans l'espace de travail du chirurgien.

Une vision immersive au service du geste

Lors d'une greffe de cornée, la précision* du geste est capitale. La solution utilisée, nommée ClearSphere, permet au praticien de superposer des informations à sa vue réelle.

Le chirurgien organise ses fenêtres de travail (dossier patient, images du greffon) par de simples mouvements des yeux ou de la main. Ce système évite toute manipulation d'écrans physiques et préserve la stérilité de l'intervention.

Auparavant, l'accès aux données nécessitait l'aide d'une infirmière ou un changement de posture pour regarder des écrans dispersés dans la salle. Désormais, toutes les sources vidéo et cliniques sont regroupées dans le champ de vision du chirurgien.

Et contrairement aux moniteurs classiques, le casque restitue une image stéréoscopique en trois dimensions. Cette aide visuelle facilite l'appréciation des reliefs pendant la suture de la cornée.

Un dispositif médical certifié CE

Cette avancée repose sur l'utilisation du casque Apple Vision Pro associé à l'application de la medtech lyonnaise ClearSurgery. En décembre 2025, ce dispositif a obtenu le marquage CE sous le règlement européen MDR 2017/745.

Cette certification est une étape obligatoire pour transformer un objet technologique en un dispositif médical utilisable légalement en chirurgie. Elle valide la sécurité de l'outil, sa fiabilité technique et son bénéfice réel pour le patient lors d'actes invasifs.

Une pratique qui se développe

Une vingtaine d'interventions ont eu lieu au sein de l'établissement avec cette technologie. Outre les greffes de cornée, le dispositif sert désormais pour des chirurgies de la cataracte et d'autres opérations ophtalmiques complexes.

L'évolution de l'outil prévoit, avant la fin de l'année 2026, l'intégration de fonctions de téléexpertise. Un chirurgien référent pourra se connecter à distance pour partager la vue exacte de l'opérateur et l'assister en temps réel.

 

*En chirurgie de la cornée, la précision se joue au micron près ; l'usage de la 3D stéréoscopique est donc un argument technique, car elle permet de mieux voir la courbure de la cornée et la profondeur des points de suture par rapport à un écran plat 2D.