Après la tourmente de l'Ordre des médecins de Paris et le vote unanime de sa dissolution, selon des informations révélées par Le Canard enchaîné, l’Inspection générale des finances (IGF) dresse, dans un rapport confidentiel, un constat sévère sur le fonctionnement de plusieurs ordres professionnels de santé, en particulier ceux des pharmaciens et des chirurgiens-dentistes.
Suppression des conseils régionaux des pharmaciens préconisée
Dans le viseur des inspecteurs : des pratiques jugées « très peu déontologiques », une gestion financière contestée et des conflits d’intérêts persistants. Concernant l’Ordre des pharmaciens, l’IGF pointe l’absence de sanctions disciplinaires après le scandale Urgo, malgré l’implication de près de 8 000 officinaux entre 2015 et 2021. D’après Le Canard enchaîné, certains conseillers ordinaux auraient eux-mêmes bénéficié d’avantages, ce qui pourrait expliquer cette inertie. Par ailleurs, le rapport souligne un manque de transparence : malgré son caractère obligatoire, fin 2025, moins de la moitié des conseillers avait déclaré leurs conflits d'intérêts.
Sur le plan financier, l’IGF s’étonne de la hausse de 19 % des cotisations entre 2019 et 2025, atteignant 40 millions d’euros annuels, sans justification claire. Face à ces dérives, les inspecteurs recommandent une réforme radicale : la suppression des 12 conseils régionaux au profit d’une organisation centralisée.
L'Ordre des chirurgiens-dentistes également critiqué
Le constat est tout aussi critique pour l’Ordre des chirurgiens-dentistes. Toujours selon Le Canard enchaîné, l’institution affiche une santé financière florissante, avec un résultat net de 6,3 millions d’euros en 2024 et une trésorerie de 28,4 millions. Mais cette prospérité s’accompagne d’une explosion des dépenses : salaires en hausse de 18 %, indemnités généreuses pour les élus, et investissements immobiliers jugés excessifs, notamment dans des biens parisiens de grand standing.
L’IGF dénonce également des dysfonctionnements graves : absence de contrôle des avantages consentis par l’industrie en raison d’un bug informatique, circulation imparfaite des sanctions disciplinaires et soupçons de prises illégales d’intérêts. Malgré ces critiques, le président de l’Ordre des dentistes, cité par Le Canard enchaîné, rejette vigoureusement les conclusions du rapport, allant jusqu’à envisager des poursuites pour « calomnies ».
Au final, ce rapport confidentiel met en lumière des institutions historiques prospères mais fortement fragilisées par des pratiques contestées, posant la question de leur gouvernance et de leur rôle dans la régulation des professions de santé.
De quoi ne pas regretter l'absence d'un ordre national des opticiens.
Retrouvez les détails dans le Canard Enchainé du 8 avril 2026.
