Au congrès « Switch » organisé par EssilorLuxottica à Monaco les 14 et 15 avril 2026, qui a rassemblé plus de 1 100 opticiens partenaires de la zone EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique) et d'Asie, Chrystel Barranger (présidente Professionnal Solutions EMEA et Asie chez EssilorLuxottica) a posé un constat sans détour : « Le futur est déjà là. Il n'attend pas que vous soyez prêts. »
Face à cette accélération sans précédent de la technologie dans les capacités de diagnostic, les équipements et les services, l’optique-lunetterie entre dans une phase de transformation profonde où le rôle de l’opticien est appelé à se réinventer pour occuper une place centrale, selon la vision du groupe franco-italien.
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Les 3 piliers du changement
Selon Chrystel Barranger, cette mutation repose sur une convergence inédite. « Trois forces puissantes convergent en même temps », explique-t-elle : l’évolution des usages, la percée des technologies et la redéfinition des enjeux de santé. Dans ce contexte, l’œil n’est plus seulement un organe de vision. « Nous pensions que l’œil était fait pour voir, mais l’œil parle pour le corps entier », affirme-t-elle. Grâce aux avancées en imagerie et en intelligence artificielle, il devient une source précieuse d’informations sur l’état de santé global, capable de révéler des risques bien avant l’apparition des symptômes.
Les opticiens, porte d'entrée de la santé visuelle
Cette évolution redéfinit profondément la mission de l’opticien. « Vous êtes la porte d'entrée de la santé visuelle », lance Chrystel Barranger à son auditoire, dans une salle comble et passionnée. En première ligne, l’opticien ne se limite plus à corriger la vision : il détecte, alerte, guide et accompagne. L’examen visuel devient un moment clé, un espace d’échange où se construit une relation de confiance et où peuvent s’initier des parcours de prévention. « Au-delà de conseiller vos clients au niveau commercial, vous les guidez dans leur santé visuelle et l'amélioration de leur quotidien », insiste-t-elle, soulignant l’importance croissante du conseil et de l’accompagnement.

Plus de 1 100 participants internationaux étaient invités à l'évènnement Switch.
Relation client, confiance, fidélité
Dans le même temps, le modèle économique bascule. « Selling glasses will not be enough anymore* », prévient-elle. La valeur ne réside plus uniquement dans le produit, mais dans l’expérience et la relation. Les consommateurs attendent désormais des réponses, de la prévention, une meilleure qualité de vie. « Les gagnants de demain ne seront pas là où les gens achètent, mais là où ils reviennent », affirme-t-elle. Dans cette logique, la relation devient l’actif stratégique majeur. « Ceux qui maîtrisent la relation avec le porteur maîtrisent l'avenir. Et vous avez cette compétence. »
La technologie pour accompagner l'opticien vers de nouvelles compétences
La technologie, loin de marginaliser l’opticien, renforce paradoxalement son rôle. L’intelligence artificielle permet de détecter plus tôt et d’analyser plus finement, mais elle ne remplace pas l’humain. « L’IA voit plus, mais elle n’explique pas. Elle ne rassure pas. Vous, si », rappelle Chrystel Barranger.

Pour Chrystel Barranger, la distribution des lunettes connectées et l'accompagnement des consommateurs se fera majoritairement par les opticiens, dont les compétences dépassent de loin celles d'enseignes de distribution grand public.
Les lunettes connectées, un produit clef à maitriser
Parallèlement, le produit lui-même évolue. L'émergence des lunettes connectées et des verres dynamiques ne sont plus de simples dispositifs correctifs. « Les lunettes deviennent une interface pour la vie », explique-t-elle. Entre connectivité, assistance et prévention, elles s’inscrivent dans un usage quotidien enrichi. Mais là encore, l’enjeu n’est pas technologique seulement : « Vous ne vendez pas la technologie, vous vendez ce qu’elle permet. » Comprendre les besoins individuels et traduire l’innovation en bénéfices concrets devient essentiel. Plus tôt les opticiens adopteront et maîtriseront ces nouveaux outils, mieux ils seront parés pour l'avenir de leur activité.

Le potentiel des lunettes connectées pour anticiper et prévenir l'état de santé des porteurs est en développement.
L'opticien au coeur de la vision d'EssilorLuxottica
Au fond, c’est toute la profession qui change de dimension. « C’est votre moment. Lead it** », conclut-elle. Dans un système de santé sous tension et face à des attentes croissantes, l’opticien apparaît comme un acteur clé, accessible, légitime et stratégique. Entre santé, technologie et relation humaine, il devient bien plus qu’un distributeur : un pilier de la transformation du secteur et un partenaire durable du quotidien des patients. C'est la vision d'EssilorLuxottica qui anticipe ce "switch", ce basculement vers une nouvelle ère.
*Vendre des lunettes n'est désormais plus suffisant
**Montrez le chemin.

1 Les opticiens peu axés sur la santé visuelle et plus dans le business voire dans la fraude, peu formés à la notion de santé et axés sur la vente et le commercial quasi exclusivement.
2 Les mutuelles, dont la baisse drastique des remboursements, les réseaux fermés, le remboursement différencié (et toute cette philosophie globale associée) nous piège en nous empêchant de faire notre métier librement. A partir du moment où on ne peut plus fixer le prix de nos produits nous n'avons plus aucune marge de manoeuvre sur la qualité du service proposé car la marge est trop réduite pour proposer un service de qualité. Et de l'autre côté si on se passe des réseaux fermés, la baisse des remboursements des mutuelles fait exploser le reste à charge des clients, et cela dans un contexte de tension inflationniste global et de baisse du pouvoir d'achat année après année. Cela signifie soit qu'on ne pourra tout simplement pas proposer un service de grande qualité si on est dans les réseaux fermés car on fait trop peu de marge sur chaque vente, soit on pourra le proposer si on ne fait pas partie des réseaux fermés mais cela se payera très cher et ne sera donc accessible qu'à une clientèle aisée prête à dépenser beaucoup pour des produits et un service exceptionnel, soit une minorité d'individus.
3 Le rôle attribué à l'opticien par les pouvoirs publics et le gouvernement. Car nous ne sommes pas du tout valorisés sur l'aspect santé visuelle, le gouvernement nous relèguant au rang de fournisseurs et de vendeurs. Les ophtalmos gardent le contrôle des examens de vue et les 2ème à avoir des droits sont les orthoptistes. Mais notre capacité à faire des examens de vue et à agir sur l'aspect santé du métier est globalement très réduite par les pouvoirs publics qui ne nous font pas du tout confiance pour ça.
Donc la vision d'Essilor Luxottica est sympathique mais malheureusement très peu réaliste devant le manque de droits légaux à nous occuper de la santé visuelle des gens par les pouvoirs publics, devant la baisse des remboursements des mutuelles qui fait exploser le reste à charge déjà sur des équipements et des services assez basiques, et en plus face au contexte d'appauvrissement de la population qui fera que les produits et services exceptionnels ne seront accessibles qu'à une minorité aisée de la population.
Ils sont un peu hors sol. Les gens n'ont plus d'argent et les mutuelles ne remboursent plus l'optique. Donc seule une minorité de la population pourra profiter de produits et services exceptionnels faits avec de l'IA et tout le bazar. Alors oui pour cette minorité c'est porteur et il faut qu'on se spécialise et tout. Mais pour le grand public, pour la majorité des gens on fait quoi ? Rien car la boite semble ne favoriser que les influenceurs et les gens aisés. Donc dire que l'avenir du métier c'est de faire des lunettes pour les influenceurs et les gens aisés c'est un peu hors sol.