À l'occasion de ses vœux à la presse mercredi 14 janvier 2026, Éric Chenut, président de la Mutualité française (FNMF), a vivement dénoncé la pression fiscale pesant sur les complémentaires santé.

Le président de la Mutualité française n'a pas mâché ses mots face aux récentes évolutions législatives. Entre les transferts de charges et la nouvelle taxe de 2 milliards d’euros votée dans la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS), le secteur se dit à bout de souffle.

« En 2010, les taxes sur les complémentaires s'élevaient à 720 millions. En 2026, ce sera 7,6 milliards au total. Vous connaissez d'autres secteurs qui ont vu leur taxe multiplier par 10 ? », s'est-il indigné.

Éric Chenut a souligné que le secteur est tout juste revenu « au-dessus de la ligne de flottaison » en 2024, et a réfuté les accusations de profits excessifs. Pour lui, l'augmentation des cotisations est la conséquence directe de la hausse des dépenses de santé (doublées en 20 ans) liée au vieillissement de la population.

Vers une remise en question du « tout-médecin » ?

Le président de la FNMF appelle à des réformes structurelles profondes, notamment sur la pertinence des prescriptions. En harmonisant ces dernières selon des référentiels validés, il estime possible de redéployer 15 à 20 milliards d'euros.

Éric Chenut a pointé du doigt une « situation atypique » : selon lui, le médecin serait la seule personne en France à pouvoir « prescrire de l'argent public sans contrôle ». Il prône ainsi un changement d'organisation qui ne ferait plus systématiquement reposer tout le parcours de soins sur le seul médecin.

Ses propositions sur la pertinence des prescriptions et l'évolution du rôle du médecin ont provoqué une réaction immédiate du Conseil national de l'Ordre des médecins.

La réponse de l’Ordre : un « mépris » pour l'exercice médical

La réaction du Conseil national de l'Ordre des médecins ne s'est pas fait attendre. Dans un communiqué de presse, l'instance ordinale juge les propos d'Éric Chenut « dangereusement éloignés, voire légèrement méprisants, de la réalité de l'exercice médical ».

Le Conseil rappelle plusieurs points fondamentaux pour la profession :

  • L'acte de prescription : il ne s'agit pas d'un processus algorithmique ou financier, mais d'un acte clinique personnalisé engageant la responsabilité du praticien.
  • Le contrôle existant : l'Ordre rappelle que les médecins sont déjà soumis à de nombreux référentiels et recommandations de bonnes pratiques.
  • La sécurité des patients : pour l'instance, marginaliser le rôle du médecin sous prétexte de démographie médicale insuffisante ou de logique budgétaire constitue une « dérive préoccupante ».

« L’avenir de notre système solidaire ne se construira pas contre les médecins, mais avec eux », martèle l’Ordre, rejetant toute tentative de « dilution » du rôle médical.

Des États généraux pour trancher ?

Malgré ce climat de tension, les deux parties s'accordent sur un point : le débat ne doit pas être mis « sous le tapis ».

La Mutualité française a lancé des États généraux de la santé et de la protection sociale pour éclairer le débat public. De son côté, l'Ordre se dit prêt à participer aux réflexions, à condition que le rôle pivot du médecin dans le soin soit respecté.