Si le tatouage est une pratique aujourd'hui courante, des chercheurs et ophtalmologistes tirent la sonnette d'alarme sur une complication rare mais sévère : l'uvéite associée au tatouage.
Une récente étude publiée dans la revue Clinical and Experimental Ophthalmology a recensé 40 nouveaux cas d'uvéite liée aux tatouages en Australie.
Ce chiffre, qui double pratiquement le nombre de cas documentés mondialement depuis 2010, suggère que cette pathologie, bien que rare, pourrait être sous-diagnostiquée ou en progression.
Un « feu croisé » immunitaire
L'uvéite est une inflammation de l'uvée, la couche intermédiaire de l'œil. Les symptômes initiaux (vision floue, douleur, photosensibilité...) peuvent s'apparenter à une simple conjonctivite. Pourtant, l'origine du mal ne se trouve pas dans l'œil lui-même, mais sous la peau.
Les spécialistes décrivent un mécanisme où l'œil se retrouve pris dans un « feu croisé » immunitaire. Pour des raisons encore mal comprises, le système immunitaire se met à réagir aux pigments du tatouage.
Cette réaction inflammatoire ne reste pas localisée : des cellules immunitaires circulent et finissent par cibler les tissus oculaires. Les ophtalmologistes notent souvent que, lors des crises, le tatouage lui-même devient inflammé, gonflé ou en relief.
Un diagnostic difficile
L'un des principaux défis pour le corps médical réside dans le délai d'apparition des symptômes. Si l'inflammation survient en moyenne un à deux ans après la réalisation du tatouage, certains cas ont été signalés jusqu'à 35 ans après l'injection de l'encre.
Parmi les pigments en cause, l'encre noire est la plus fréquemment associée à ces réactions, bien que des cas impliquant des pigments rouges ou roses aient été observés.
Les médecins soulignent que cette réaction présente de fortes analogies avec la sarcoïdose*, une maladie inflammatoire systémique. Une biopsie d'un tatouage enflammé révèle souvent des amas de cellules identiques à ceux observés dans les poumons de patients atteints de sarcoïdose.
Des risques de cécité
Le risque majeur de cette affection est la perte de vision permanente ou l'apparition d'un glaucome si le traitement n'est pas administré à temps.
La prise en charge repose généralement sur des collyres corticoïdes, mais les formes les plus persistantes nécessitent des traitements immunosuppresseurs systémiques.
Contrairement à d'autres maladies immunitaires où le traitement peut être réduit après deux ans, l'uvéite associée au tatouage semble montrer une forte résistance, obligeant certains patients à un suivi médical lourd sur le très long terme.
Des cas qui restent rares
Seule une infime fraction des personnes tatouées développe cette pathologie. Les experts pointent du doigt une possible prédisposition génétique, mais aussi la composition de certaines encres, notamment celles injectées lors de voyages à l'étranger où les réglementations diffèrent.
L'objectif des chercheurs est désormais d'identifier précisément les composants chimiques déclencheurs afin de les exclure des compositions de pigments.
En attendant, une meilleure sensibilisation des professionnels de la vision est préconisée pour assurer un diagnostic précoce face à une inflammation oculaire inexpliquée chez un patient tatoué.
*Maladie généralement bénigne, caractérisée par une prolifération de granulomes qui se forment principalement au niveau des poumons. La sarcoïdose peut se manifester par des symptômes très variés tels qu'une toux sèche, de la fièvre ou des troubles de la vue.
