Un article du journal Le Point paru le 17 février 2026 et titré : "Optique : la grande machine à cash des ordonnances « non conformes »" dresse un portrait de la téléexpertise telle qu'elle est pratiquée en optique. Dans cet article, plusieurs types de fraudes sont pointées du doigt, au point de se mélanger un peu les pinceaux.
Dans cet article du Point, l'interview de Vincent Dédès, président du Snof, revient sur ce que le syndicat reproche aux différentes sociétés de téléexpertise en activité aujourd'hui (Sym Optic, Ophtacity, Plusbellemavue, Wyeexpert, Expertvision, Lyleoo, Ordoptic), à savoir une ordonnance pour des lunettes émise à distance par un ophtalmologiste sur la base d'une simple réfraction et d'un questionnaire, moyennant finance. Le Point estime que ces ordonnances sont "non conformes", bien qu'elles soient considérées comme conformes par l'Assurance maladie puisqu'elles ouvrent les droits à des remboursements depuis plusieurs années maintenant. Autant d'années où ni les pouvoirs publics, ni la Sécurité sociale n'ont jugé opportun de réagir.
Avoir conscience des dérives
D'ailleurs, Le Point a eu la chance de pouvoir échanger sur ce sujet avec la ministre de la Santé Stéphanie Rist, qui a déclaré être « pleinement consciente des dérives qui existent dans la filière visuelle de la télémédecine », rappelant que tout allait s'arranger avec la feuille de route dont nous avons déjà décrit les limites et les intentions en cliquant ici. Comme le rappelle Le Point, la téléexpertise en optique est aujourd'hui très répandue, puisqu'elle concernerait 1 800 magasins (sur 16 784 selon l'Insee qui prend en compte les magasins exploités en nom propre), et non 12 ou 13 000 comme on peut lire dans l'article).
Le retour de la légende des lunettes qui coûtent cher
Sous la photo d'illustration de l'article du Point, on trouve la légende suivante : "La dépense moyenne des Français en optique est passée de 450 euros en 2020 à 580 euros en 2023". Cette information sortie du chapeau ne mentionne pas de source. Ces chiffres ne prennent évidemment pas en compte la prise en charge optique par les complémentaires santé, qui ont financé pourtant 68% des dépenses totales en optique en 2024.

Le reste à charge par porteur en 2024 est inférieur à 50 euros
Il y a 46,2 millions de porteurs d'équipements optiques en France en 2024. Leur reste à charge est de 2,294 milliards d'euros, selon la Drees. Chaque porteur aurait donc dépensé en moyenne 49,65 euros pour son équipement en 2024 - sans prendre en compte la fréquence de renouvellement des équipements. Soit 10 fois moins que ce que sous-entend la légende du Point. Les derniers chiffres du marché de l'optique sont disponibles ici.

En 2022, les chiffres de la Drees indiquent un RAC en optique par habitant de 23 euros.
Le montant de la fraude en optique
Le Point saisit l'occasion pour parler de l'enquête concernant une fraude fiscale présumée chez Optical Center, bien qu'elle n'ait a priori rien à voir avec la téléexpertise, mais aussi pour parler de la fraude au forfait lentille, qui est connue des mutuelles et des réseaux de soins depuis de nombreuses années, tout en rappelant que la fraude en optique "se compte en dizaines de millions d’euros", estimé même à 160 millions d'euros dans notre news. Cet article du Point sur la fraude en optique tombe à pic, quelques jours seulement avant le passage à l'Assemblée Nationale du projet de loi de lutte contre les fraudes sociales. Son article 5, soutenu par les organismes complémentaires d'assaurnce maladie, doit justement ouvrir les vannes de l'accessibilité des données de santé pour traquer les fraudeurs - bien qu'ils ne soient qu'une minorité, comme le rappelle justement Le Point, mais c'est l'ensemble de la profession qui en fera les frais - et les Ocam qui tireront probablement bénéfice de l'exploitation de ces données.

