Le congrès annuel de la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof) s'est tenu à Lille ces 16 et 17 novembre. Il a rassemblé une centaine de participants autour de plusieurs thèmes de filière majeurs. 
C'est le cas de la télémédecine. 
Les échanges croisés entre Mélanie Ordines, présidente du Syndicat autonome des orthoptistes, Hugues Verdier-Davioud, président de la Fédération des opticiens de France, et Vincent Dédès, président du Syndicat national des ophtalmologistes de France, ont exprimé des opinions plutôt unanimes sur la télémédecine en ophtalmologie.

 

Deux jours seulement après les décevantes Assises de la télémédecine à Caen qui avaient relégué les opticiens à de simples opérateurs commerciaux, le congrès de la Fnof a permis d’accorder les violons des trois représentants syndicaux, qui partagent aujourd’hui un même constat : la télémédecine ne pourra se développer que si les « trois O » avancent d’une seule voix, avec transparence et complémentarité.

 

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L'exemple des Ehpad

L’expérimentation en Ehpad, menée en Normandie et Centre–Val de Loire depuis 2020 (qui arrive à son terme le 31 décembre 2025), illustre parfaitement les défis à relever. Elle autorise les opticiens à effectuer un examen de réfraction et à renouveler les équipements optiques sur la base d’ordonnances valides. Les retours de terrain montrent cependant un quotidien complexe : temps de déplacement considérable, installation technique difficile, organisation avec les familles et les soignants, rémunération très faible pour un service pourtant essentiel auprès de patients fragiles qui manquent d'ordonnances valides. Pour Mélanie Ordines, ces limites confirment la nécessité d’un véritable travail en binôme orthoptiste–opticien : le premier dépiste et évalue la fonction visuelle, le second adapte la correction lorsque cela a du sens. Une manière d’éviter les actes inutiles, en particulier pour les résidents très dépendants.

Vincent Dédès insiste davantage sur l’anticipation : selon lui, un examen ophtalmologique complet devrait idéalement être réalisé avant l’entrée en Ehpad, permettant ensuite de prolonger en toute sécurité les ordonnances existantes, parfois même lorsqu’elles sont anciennes. Mais il rappelle aussi une réalité incontournable : les ophtalmologistes libéraux ne peuvent matériellement ni financièrement se déplacer massivement en établissement. La solution passe donc, affirme-t-il, par une mobilisation des professionnels de proximité – orthoptistes et opticiens – identifiés sur leur territoire, et non par l’intervention ponctuelle de structures mobiles parfois peu transparentes.

Téléexpertise en Ehpad

C’est dans ce contexte que la téléexpertise apparaît comme un levier majeur de structuration. Hugues Verdier-Davioud : « On va pas me faire croire que le doigt de l'orthoptiste et le doigt de l'opticien, qui appuie sur le même bouton, que ce soit à distance ou dans le magasin, ait des effets différents sur le résultat de l'examen. Dans la mesure où il n'y a pas d'avis à donner, qu'il n'y a pas de diagnostic en dehors de celui réalisé par l'ophtalmologiste. Nous servons de courroie de transmission ».

 

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Un modèle tout tracé

Le modèle défendu par la Fédération prévoit que l’opticien réalise les examens prévus selon le guide de bonnes pratiques ophtalmologiques (établi par le CNPO), puis transmet l’ensemble des données par messagerie sécurisée ou dans l’Espace santé du patient. L’ophtalmologiste local analyse le dossier et rend un avis : nouvelle ordonnance, refus motivé ou orientation vers une consultation présentielle. Ce circuit sécurisé exclut tout diagnostic posé en magasin et tranche avec certaines pratiques actuelles de télé-expertise à distance, où des ordonnances illégales sont parfois établies depuis l’autre bout du pays. Pour Hugues Verdier Davioud, cette organisation territorialisée permettrait au contraire de réduire les faux motifs d’urgence et de renforcer la continuité des soins.

Rémunérations et actes

Deux enjeux demeurent toutefois : la rémunération des interventions à domicile ou en Ehpad, aujourd’hui très insuffisante, et le nécessaire respect de la déontologie, notamment la séparation entre examen et vente. Plusieurs pistes émergent, comme la création d’un acte rémunéré indépendamment de l’équipement ou la limitation de ces services aux opticiens disposant d’un bail local, afin de garantir une responsabilité traçable.

Au final, les trois représentants syndicaux dessinent une vision ambitieuse : une télémédecine d’ophtalmologie fondée sur la complémentarité, la territorialité et la traçabilité. Une télémédecine qui ne contourne aucun des trois métiers, mais les réunit pour offrir une réponse crédible au défi majeur des années à venir : maintenir un accès à des soins visuels de qualité pour tous, en particulier dans les zones sous-dotées et auprès des publics les plus fragiles.

Le congrès de la Fnof a proposé le genre de débat auquel on aurait aimé assister lors des Assises de la télémédecine.