Ce 14 novembre est organisée la journée mondiale du diabète, une initiative annuelle (depuis 1991) qui vise à sensibiliser le public sur l'importance et l'impact de cette maladie chronique.
Cette année, le thème est « Diabète et bien-être », avec une attention particulière portée sur le sujet du diabète sur le lieu de travail qui met en lumière l'impact psychologique de la maladie et la nécessité d'un soutien adéquat.
En France, le diabète constitue un enjeu majeur de santé publique. Il touche plus de 4,3 millions de personnes (chiffres du gouvernement pour l'année 2022).
Si le diabète de type 2 représente la très grande majorité des cas (plus de 90 %), l'ensemble des formes de la maladie peuvent entraîner des complications graves, lorsqu'elles sont mal prises en charge.
Parmi les plus courantes figurent la rétinopathie (risque de cécité), la néphropathie (insuffisance rénale) et des complications cardiovasculaires et artérielles sévères.
Pour mieux cerner les risques pour la vue, les défis de la prévention, du dépistage et de la prise en charge du diabète, nous avons interrogé le docteur Sarah Ayello-Scheer, ophtalmologiste à l'hôpital national des 15-20.
Acuité : En quoi le diabète peut-il être dangereux pour les yeux et la vue ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : Le diabète entraîne une élévation chronique du sucre dans le sang (hyperglycémie) qui, à long terme, abîme les petits vaisseaux sanguins, notamment ceux de la rétine. Ces altérations peuvent provoquer des fuites, des obstructions ou un manque d’oxygénation du tissu rétinien, perturbant la vision. Sans suivi régulier, ces atteintes peuvent évoluer vers une perte de vision partielle ou totale.
Quelles sont les maladies oculaires provoquées ou aggravées par le diabète ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : Le diabète peut favoriser plusieurs pathologies :
- La rétinopathie diabétique : complication la plus spécifique et la plus fréquente, première cause de cécité en France avant l’âge de 65 ans
- La cataracte : qui apparaît plus précocement et avec un risque deux fois plus élevé que dans la population non diabétique.
- Le glaucome chronique à angle ouvert : dont la fréquence est plus élevée chez les patients diabétiques
- Facteur de risque d’occlusion des vaisseaux rétiniens ou de neuropathie optique ischémique antérieure aigüe, liée à un défaut d’irrigation du nerf optique.
Le diabète peut aussi être à l’origine de paralysies oculomotrices (diplopie). Elles surviennent en majorité dans un contexte d’hyperglycémie et peuvent aussi révéler un diabète jusque-là ignoré. Cela justifie une mesure de la glycémie devant toute apparition d’une paralysie d’un nerf oculo-moteur.
Une vigilance particulière doit être apportée chez les patients vivant avec un diabète et porteurs de lentilles de contact en raison de la fragilité de leur cornée et de la sécheresse oculaire fréquente.
Qu’est-ce que la rétinopathie diabétique; complication la plus fréquente ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : C’est une atteinte des vaisseaux de la rétine due à l’excès chronique de glucose. Elle évolue souvent sans symptôme pendant plusieurs années, d’où la nécessité d’un dépistage régulier.
Quelles sont vos recommandations de dépistage ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : Le dépistage doit débuter dès le diagnostic du diabète, puis être renouvelé chaque année, même sans symptôme visuel. Un simple examen du fond d’œil permet de détecter précocement les premières lésions.
Il ne faut pas attendre un trouble visuel pour faire un fond d’œil.
Quels sont les symptômes ou signes qui doivent alerter ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : Toute gêne visuelle doit conduire à consulter rapidement :
- Vision floue ou baisse brutale de la vision.
- Difficultés à lire ou à distinguer les détails.
- Taches sombres ou déformations visuelles.
- Douleurs oculaires, rougeurs ou sensations inhabituelles.
Dans certains cas, ces signes traduisent une complication déjà avancée : un avis ophtalmologique rapide est alors indispensable.
Quelles sont les avancées thérapeutiques récentes et les leviers de prévention ?
Dr Sarah Ayello-Scheer : Aujourd'hui, plusieurs traitements sont disponibles :
- Lasers, pour traiter les zones ischémiques.
- Injections intraoculaires, pour réduire l’œdème maculaire.
- Chirurgie.
La prévention reste la clé :
- Contrôle rigoureux de la glycémie, de la tension artérielle et du cholestérol avec une collaboration entre le diabétologue et l’ophtalmologiste.
- Alimentation équilibrée et activité physique régulière.
- Recommandé de rechercher et de traiter un syndrome d’apnée du sommeil, facteur de risque de rétinopathie diabétique.
- Dépistage ophtalmologique annuel.
- Arrêt du tabac.
