Et si votre ordinateur ou vos lunettes connectées détectaient votre besoin de lunettes avant même que vous ne passiez un examen de vue ?
Des chercheurs ont mis au point un système capable de détecter les erreurs réfractives simplement en analysant la manière dont nos yeux bougent.
L'examen de vue sans l'examen
Une équipe de chercheurs, notamment du Nara Institute of Science and Technology (Japon), propose une nouvelle approche pour détecter les amétropies : le diagnostic passif.
Leur système, baptisé « Mind Your Vision » repose sur l'idée que les personnes souffrant de troubles de la vision non corrigés développent des micro-comportements oculaires spécifiques. Face à une image floue ou difficile à déchiffrer, notre cerveau ordonne des mouvements de compensation ou de recherche que l'œil « sain » n'effectue pas de la même manière.
Une technologie « multimodale »
Pour capter ces signaux subtils, les chercheurs utilisent deux technologies complémentaires :
- L'électro-oculographie mesure l'activité électrique autour de l'œil. C'est une méthode qui peut être intégrée directement dans la monture de lunettes connectées ;
- L'Eye Tracking : des caméras miniatures suivent précisément le regard et la dilatation de la pupille.
En combinant ces deux sources de données, l'intelligence artificielle peut identifier des schémas de saccades ou de fixations propres aux personnes ayant des erreurs de réfraction.
Une précision
De multiples applications possibles
L'intérêt de cette recherche est triple.Beaucoup de personnes ignorent que leur vue baisse. Un tel système, intégré dans des appareils du quotidien (casques VR, lunettes AR ou même des écrans), pourrait alerter l'utilisateuret suggérer de consulter un ophtalmologiste.
Cette technologie pourrait offrir un suivi en temps réel et la fatigue visuelle ainsi que l'évolution des troubles pourraient être suivies au fil de la journée.
Ce dispositif pourrait également permettre d'évaluer la vision de personnes qui ne peuvent pas répondre aux tests classiques (jeunes enfants, personnes avec des troubles cognitifs ou barrière de la langue).
Vers des verres à mise au point dynamique
Le développement de la détection passive des erreurs réfractives ouvre la voie au développement de verres autofocus encore plus autonomes, déjà en développement chez plusieurs start-up par ailleurs.
Contrairement aux verres progressifs, ces dispositifs reposent sur des lentilles à cristaux liquides ou des lentilles fluides à membrane déformable.
Les capteurs EOG et d'eye-tracking utilisés dans l'étude* « Mind Your Vision » (96,2 % de précision), intégrés à la monture mesureraient en temps réel l'effort visuel et la convergence des yeux. Un microcontrôleur analyserait ces données via une IA pour déterminer la correction nécessaire, puis une impulsion électrique ajusterait instantanément l'indice de réfraction de cristaux liquides ou la courbure de la lentille fluide.
Si le système fonctionne très bien pour une personne précise, il peine encore à être universel. Lorsque l'IA essaie d'analyser le trouble de la vue d'une personne qu'elle n'a jamais « observée » auparavant, la précision chute drastiquement (autour de 34 % dans certaines configurations, voire moins selon les méthodes).
Pour contourner ce problème, les chercheurs ont fourni à l'IA une base de données globale. Suite à une très courte phase d'apprentissage (quelques secondes d'analyse du regard) pour s'ajuster, la précision est remontée à environ 78,5 %.
*Mind Your Vision: A Passive Multimodal Framework for Refractive Disorders Measurement Combining Electrooculography and Eye Tracking
