Selon une étude récente publiée par la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (Drees) et l’Insee, 15 % des adultes résidant en France ont eu recours à la téléconsultation en 2024.

Si l’usage se stabilise, le profil type de l’utilisateur reste très marqué : jeune, diplômé et citadin. Une tendance qui confirme et accentue les observations faites lors des années précédentes.

Un profil utilisateur précis

En 2024, le recours à la télémédecine n'est pas uniforme sur le territoire. Les données montrent que les personnes de moins de 45 ans y ont recours quatre fois plus souvent que les seniors de 60 ans et plus.

Le niveau d'études joue également un rôle moteur : les diplômés du supérieur téléconsultent deux fois plus que les titulaires d'un CAP ou BEP.

La fracture territoriale reste l'un des enseignements majeurs de l'étude. Alors que 21 % des habitants des grands centres urbains ont utilisé ce service en 2024, ils ne sont que 10 % dans les zones rurales.

Ce constat va à l'encontre de l'idée reçue, et souvent communiquée, selon laquelle la téléconsultation serait principalement un outil à destination des les zones isolées.

Alors qu'on imaginait les habitants des milieux ruraux s'emparer de cette solution pour pallier l'éloignement des cabinets, ce sont finalement les citadins, pourtant mieux dotés en infrastructures, qui l'utilisent le plus.

Cela suggère que l'adoption du service est davantage liée à l'aisance numérique et à la recherche d'immédiateté qu'à la seule contrainte géographique.

Du recours d'urgence à la pratique installée

Si l'on compare ces données avec les analyses précédentes, plusieurs évolutions notables apparaissent :

  • En 2024, avec 15 % de la population ayant franchi le pas, la téléconsultation semble être devenue un outil complémentaire pérenne.
  • Les motifs : les délais d'attente trop longs en cabinet arrivent en tête (43 %), suivis de l'urgence (33 %) et des besoins administratifs comme le renouvellement d'ordonnance (20 %).
  • En 2021, 70 % des actes concernaient déjà les habitants des grands pôles urbains. Cette tendance est confirmée et semble s'enraciner.

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Un rempart contre les déserts médicaux ?

L'opinion des Français reste ambivalente. D'un côté, elle est perçue comme un outil de solidarité territoriale : 73 % des personnes interrogées estiment qu'il s'agit d'un moyen efficace de lutte contre les déserts médicaux.

D'un autre côté, des freins culturels et éthiques persistent. Plus de huit Français sur dix considèrent que l'écran « déshumanise » la relation médecin-patient. Par ailleurs, la question de la cybersécurité devient centrale : 60 % des personnes craignent désormais pour la confidentialité de leurs données personnelles de santé. L'étude révèle une volonté de régulation.

Pour une partie de la population, la téléconsultation ne doit pas être anonyme :

  • 42 % estiment qu'elle ne devrait être autorisée qu'avec le médecin traitant.
  • 31 % souhaitent qu'elle soit limitée aux médecins déjà consultés physiquement par le passé.

In fine, si la téléconsultation s'est imposée comme une réponse pratique pour une population jeune et connectée, elle doit encore convaincre les seniors et les territoires ruraux, et garantir la préservation du lien humain.