L’intelligence artificielle a quitté le champ des promesses pour entrer dans le quotidien des professionnels de l’audition. Lors du dernier Colloque Scientifique Audio 2000, ORL, audioprothésistes et chercheurs ont partagé un constat commun : l’IA est déjà à l’œuvre sur le terrain, avec des applications concrètes qui modifient en profondeur les pratiques cliniques et prothétiques. Audio 2000 présente ces jours-ci lors des Assises ORL 2026 (du 22 au 22 janvier 2026 à Cannes) un recueil complet de réflexions profondes et pratiques sur l'utilisation de l’IA en audiologie, dont voici quelques enseignements. 

Optimiser le temps clinique

Face à la croissance des besoins en santé auditive et à la pénurie de spécialistes, l’IA apporte des réponses pragmatiques. En audiologie, elle automatise certaines étapes clés des bilans, fiabilise les mesures et permet une exploitation plus intelligente des données. Audiométries tonales et vocales automatisées, contrôle de cohérence des réponses, estimation fine des seuils et visualisation de l’incertitude de mesure contribuent à des examens plus précis et reproductibles. Le bénéfice est double : un gain de temps médical et une meilleure qualité d’information pour la décision clinique.

Des outils au service du diagnostic

L’IA s’impose également comme un outil d’aide à la décision. Analyse d’audiogrammes, croisement de données cliniques, simulation de profils auditifs pathologiques ou évaluation de l’effort d’écoute ouvrent la voie à une audiologie plus prédictive. Ces approches permettent d’anticiper les difficultés de compréhension, d’orienter plus finement les parcours de soins et de proposer des tests ciblés, adaptés à chaque profil auditif.

Des aides auditives plus "intelligentes"

En audioprothèse, les applications sont déjà largement déployées. Les algorithmes de traitement du signal améliorent significativement la compréhension de la parole, notamment dans les environnements bruyants, principal motif d’insatisfaction des patients. L’IA agit en continu : classification des environnements sonores, séparation parole/bruit, adaptation automatique des réglages et personnalisation en fonction des situations de vie réelle. Des assistants numériques permettent même au patient d’interagir directement avec son appareillage, tout en conservant le contrôle final de l’audioprothésiste.

Un cadre à maîtriser

Si les bénéfices sont réels, les limites sont aussi clairement identifiées. Les systèmes actuels restent spécialisés, dépendants de la qualité des données et incapables de raisonnement clinique global. Leur utilisation impose un cadre réglementaire strict, une vigilance sur la protection des données et une formation adaptée des professionnels. L’IA ne remplace ni le jugement clinique ni la relation humaine, piliers de la prise en charge.

Vers une audiologie augmentée

L’IA ne dessine pas une audiologie automatisée, mais une audiologie augmentée. Un modèle où la technologie assiste, structure et accélère, pendant que le professionnel interprète, contextualise et décide. À l’avenir, les outils seront plus intégrés, plus prédictifs et mieux personnalisés, capables d’anticiper les besoins avant même l’apparition des plaintes.

La question n’est donc plus de savoir si l’IA doit entrer dans les pratiques audiologiques, mais comment l’intégrer intelligemment. Car c’est dans l’équilibre entre innovation technologique et expertise humaine que se construira l’audiologie de demain !