Cinq ans après avoir désactivé son système de reconnaissance faciale sur Facebook pour des raisons de confidentialité, le groupe Meta s'apprête à réintroduire cette technologie.

Selon des informations révélées par le New York Times, l'entreprise de Mark Zuckerberg prévoit d'intégrer une fonction de reconnaissance faciale à ses lunettes intelligentes conçues en partenariat avec EssilorLuxottica, et ce, dès cette année.

Meta vous regarde

La reconnaissance faciale, appelée « Name Tag », permet l'identification à la demande de personnes croisées en se basant sur les profils publics Instagram et Facebook.

Mais elle n'est qu'un volet d'un projet plus grand baptisé « Super Sensing ». L'objectif est de transformer les lunettes en un assistant capable d'enregistrer l'environnement de l'utilisateur en continu tout au long de la journée.

Avec le « Super Sensing », les caméras et capteurs fonctionneraient en permanence. Le système analyserait alors la journée de l'utilisateur pour lui proposer des rappels contextuels. Ainsin l'IA ne se contenterait plus de répondre, elle anticiperait les besoins en identifiant les visages et les objets en temps réel.

L'opportunisme politique comme stratégie de lancement

L'élément le plus frappant des documents internes consultés par le New York Times est le calcul cynique de Meta concernant le calendrier. Le géant américain estime que le tumulte politique aux États-Unis joue en sa faveur.

 

« Nous procéderons au lancement dans un contexte politique mouvant, où de nombreux groupes de la société civile dont nous anticipons les critiques auront leurs ressources mobilisées sur d’autres priorités. », citation d'un document de Meta révélé par le New York Times. 

 

Ces dernières semaines, l’utilisation de la reconnaissance faciale dans les rues américaines par l'ICE, l'agence fédérale anti-immigration, a été largement décriée suite aux erreurs de jugement et l'atteinte aux libertés fondamentales, illustrant le mauvais usage de ce type de technologie. 

 

Des failles de sécurité déjà exploitées

Le scepticisme des experts est nourri par des incidents récents qui prouvent la vulnérabilité du dispositif actuel (sans parler des nombreuses questions éthiques que de telles fonctionnalités soulèvent) :

  • En 2024, des étudiants de Harvard ont prouvé qu'il était possible d'associer les lunettes Meta à un logiciel tiers (PimEyes) pour identifier des inconnus en quelques secondes.
  • Alors que Meta assure que la LED sur la monture garantit le respect d'autrui, des utilisateurs ont déjà réussi à la désactiver, rendant l'enregistrement totalement invisible.

Un choc frontal avec la législation européenne

Selon le Nex-York Times, le groupe Meta espère que l'absence de loi fédérale et l'assouplissement de ses propres processus de contrôle interne (décidé en janvier 2025) lui permettront d'imposer cette technologie comme un nouveau standard avant que les législateurs ne puissent réagir.

Si le climat politique américain semble « favorable » à Meta, l'Europe reste pour le moment protéger par des textes réglementaires.

L'AI Act* interdit strictement l'identification biométrique à distance dans l'espace public pour un usage commercial. Le projet « Super Sensing », de par son enregistrement continu, violerait également les principes fondamentaux du RGPD sur la minimisation** des données et le consentement.

 

*Les députés européens ont adopté la première réglementation au sujet de l'intelligence artificielle, appelée « AI Act », le 13 mars 2024.

**D'après la Cnil, le principe de minimisation prévoit que les données à caractère personnel doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire au regard des finalités pour lesquelles elles sont traitées.

Remarque : L'argument de Meta est de présenter cette fonction comme une avancée pour les personnes malvoyantes. Meta a déjà un partenariat avec l'application Be My Eyes, qui fonctionne grâce à des bénévoles. Rappelons que les Ray-Ban Meta peuvent déjà rendre service aux personnes malvoyantes, bien que de manière limitée