Derrière le buzz provoqué par la paire de lunettes Henry Jullien portée par Emmanuel Macron à Davos, c’est toute une réalité industrielle et humaine que le reportage du journal de TF1 du dimanche 1er février (à retrouver en replay) met en lumière : celle d’une filière lunetière française qui se bat pour durer, et d’une école unique, portée par les Meilleurs Ouvriers de France, qui en assure la transmission.
Former aujourd’hui pour produire encore demain
Dans le Jura, berceau historique de la lunetterie française, la survie de l’activité passe avant tout par la formation. C’est là qu’intervient une école d’excellence, singulière en France, où plusieurs Meilleurs Ouvriers de France enseignent chacun leur spécialité. Un modèle rare, pensé pour transmettre des gestes complexes, précis, souvent invisibles pour le grand public. L'école des Mof lunetiers est née suite aux démonstrations et ateliers sur le Silmo il y a plus de 15 ans, et a toujours été soutenue par Acuité.

Dans le reportage, un lunetier canadien explique venir jusque dans le Jura pour se former. De tels enseignements n'existent pas en Amérique du nord.
Dessin, façonnage, travail des matériaux, finitions : les élèves apprennent l’intégralité du processus de fabrication d’une monture. Une exigence qui attire bien au-delà des frontières. Certains apprentis n’hésitent pas à venir de l'autre bout du monde pour se former dans ce qu’ils considèrent comme un centre d’excellence, unique en son genre.
« Nous sommes la seule école à regrouper plusieurs Meilleurs Ouvriers de France, chacun avec sa spécialité, pour transmettre l’excellence de la lunetterie française. »
Un savoir-faire menacé par la concurrence industrielle
Cette transmission est d’autant plus cruciale que la fabrication traditionnelle reste fragile. Dans les ateliers jurassiens, une paire de lunettes peut passer entre une centaine de mains différentes et nécessiter deux à trois mois de travail. Un temps long, incompatible avec les logiques industrielles de masse.
Le coût s’en ressent : une monture française débute autour de 250 euros chez l’opticien, soit jusqu’à cinq fois plus qu’un modèle injecté fabriqué en Asie. Une différence de prix qui s’explique par la main-d’œuvre, la technicité et la noblesse des matériaux utilisés, loin du simple plastique.
Maintenir une filière, préserver un territoire
Aujourd’hui, près de 800 personnes travaillent dans la lunetterie dans le Jura. Derrière chaque emploi, un savoir-faire fragile, dépendant directement de la capacité à former une nouvelle génération d’artisans qualifiés. Sans transmission, pas de production. Sans production, pas de filière.
Le coup de projecteur médiatique offert par cette paire de lunettes présidentielle a permis de rappeler au grand public que la lunetterie française existe toujours, malgré la grande ruée vers l'est et les délocalisations de production en Asie. Mais pour les professionnels, l’enjeu est ailleurs : il se joue sur les établis, dans les salles de cours, et dans la capacité de l’école des MOF à continuer de former ceux qui feront les lunettes françaises de demain.
