Une affaire d’une ampleur exceptionnelle secoue l’Assurance maladie. Sept personnes ont été mises en examen dans le cadre d’une fraude estimée à 58 millions d’euros au préjudice de la Caisse primaire d'assurance maladie, a annoncé jeudi 26 mars la procureure de Paris, Laure Beccuau.

Les mis en cause sont poursuivis pour « escroquerie en bande organisée », « blanchiment en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs ». L’un d’eux a été placé en détention provisoire, tandis que les six autres ont été placés sous contrôle judiciaire. À ce stade, plus de 300 000 euros ont été saisis et d’autres avoirs sont en cours de gel.

Un système structuré autour de centres dentaires

Selon le parquet, le mécanisme frauduleux reposait sur un réseau de centres de santé, principalement dentaires, répartis sur l’ensemble du territoire. Ces structures auraient massivement facturé des actes fictifs à partir de la fin de l’année 2024, souvent après leur reprise par de nouveaux exploitants. Sur les 18 centres déconventionnés, la moitié aurait une activité en ophtalmologie 

La C2S au coeur de la fraude

La quasi-totalité des soins déclarés étaient imputés à des patients bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S), avec des montants « très supérieurs aux moyennes remboursées » par l’Assurance maladie.

Dans certains cas, les facturations étaient particulièrement frauduleuses : un centre de Marseille utilisait par exemple l’identité d’un dentiste décédé en 2021.

Les premières auditions ont confirmé que les patients mentionnés n’avaient jamais reçu de soins, voire ne s’étaient jamais rendus dans les établissements concernés.

Prête-noms et comptes frauduleux

L’enquête met en lumière un dispositif sophistiqué : recours à des prête-noms, ouverture de comptes via une flotte de téléphones dédiés, et manipulations de logiciels de facturation. Une partie des opérations aurait été orchestrée depuis Neuilly-sur-Seine.

Les suspects sont notamment soupçonnés d’avoir procédé à des changements de RIB, participé à la reprise de centres ou facilité les pratiques frauduleuses en interne.

Une enquête déclenchée en 2025

L’affaire trouve son origine dans un signalement transmis le 10 avril 2025 par la Caisse nationale d'Assurance maladie à l’Office central de lutte contre le travail illégal, évoquant des fraudes sérielles suivant un mode opératoire identique. Un courrier anonyme adressé un mois plus tôt avait déjà attiré l’attention des autorités.

Une enquête a été ouverte en septembre 2025 par la Juridiction interrégionale spécialisée (JIRS) de Paris, suivie d’une information judiciaire le 23 décembre. Les interpellations ont eu lieu cette semaine.

Une priorité pénale

Pour le parquet de Paris, ce dossier illustre l’ampleur croissante des fraudes aux aides publiques. La lutte contre ces dérives constitue désormais une priorité, alors que les investigations se poursuivent sous l’autorité d’un juge d’instruction.

Ce dossier, par son montant et son organisation, pourrait marquer un tournant dans la répression des fraudes aux dépenses de santé.