À l’approche des vacances d’hiver, la protection oculaire en altitude s’impose comme une priorité de santé publique alerte l'association pour l'amélioration de la vue (Asnav) dans un communiqué.

Entre réverbération extrême et vulnérabilité des jeunes porteurs, les professionnels de la vue ont un rôle clé à jouer pour contrer des comportements encore trop souvent dictés par l'esthétique au détriment de la filtration UV.

La neige réfléchit jusqu'à 80 % des rayons lumineux, amplifiant considérablement l'exposition aux ultraviolets. À cela s'ajoute l'altitude : l'index UV augmente d'environ 10 % tous les 1 000 mètres. Même sous un ciel couvert, le danger persiste : les nuages fins laissent passer une large part des rayons nocifs.

Les risques cliniques 

L'exposition sans protection adaptée expose les porteurs à des complications immédiates et à long terme :

  • L'ophtalmie des neiges (kératite actinique) est la pathologie la plus fréquente. Ce « coup de soleil » de la cornée peut apparaître après seulement 30 minutes d'exposition. Elle se manifeste par une douleur intense et une photophobie invalidante. Elle impose souvent un isolement total dans l'obscurité durant 48 heures.
  • L’accumulation des doses d’UV favorise l’apparition prématurée de la cataracte (opacification du cristallin). De plus, la lumière bleue et les UV sont des facteurs de risque identifiés dans le développement de la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge).

Sécurité sur les pistes

Au-delà de l'aspect sanitaire, la vision est un facteur de sécurité directe. L’éblouissement « aveuglant » peut paralyser la perception du relief et des obstacles.

Un skieur ébloui met en moyenne 30 à 40 secondes pour récupérer une vision normale. À une vitesse moyenne, cela représente environ 300 mètres parcourus avec une visibilité compromise.

Pour répondre à ces contraintes, l'équipement doit répondre à des normes strictes. Les opticiens préconisent :

  • Une filtration 100 % UV, indispensable, validée par le marquage CE.
  • L'indice de catégorie : la catégorie 3 ou 4 est requise en haute altitude. Rappelons que la catégorie 4 est strictement interdite pour la conduite automobile.
  • Les verres photochromiques offrent une polyvalence optimale, tandis que les teintes jaunes ou ambrées sont à privilégier par temps de brouillard pour accentuer les contrastes.
  • Une monture enveloppante est nécessaire pour bloquer les rayons latéraux et protéger du vent.

Une vulnérabilité accrue pour les enfants

Le baromètre de la santé visuelle AsnaV-OpinionWay 2025 révèle un paradoxe inquiétant : si les parents protègent la peau de leurs enfants, ils négligent souvent leurs yeux, notamment en dehors des périodes de ski (terrasses, balades).

Pourtant, avant 12 ans, le cristallin est quasiment transparent. Chez un nourrisson de moins d'un an, 90 % des UVA et 50 % des UVB atteignent la rétine.

Cette perméabilité impose le port systématique de lunettes adaptées avec cordon de maintien et verres résistants aux impacts.

« En dehors des pistes, les parents pensent à mettre de la crème solaire à leurs enfants, mais ne pensent pas systématiquement à protéger leurs yeux. Sur les pistes, les masques sont souvent associés aux casques, c’est devenu un réflexe, mais, regardez autour de vous en terrasse, les parents affichent leurs plus belles lunettes de soleil mais il y a encore trop d’enfants qui n’en portent pas », comme le souligne Véronique Morin, orthoptiste, opticienne et responsable scientifique et pédagogique de l’AsnaV.