Lors d'une conférence de presse concernant le congrès de la SFO, le Dr Vincent Dédès, président du Syndicat National des Ophtalmologistes de France (Snof), dresse un panorama d’une filière visuelle en pleine transformation, sur fond de tensions plus larges touchant l’ensemble du système de santé.

Un contexte marqué par la grève des médecins

Vincent Dédès revient d’abord sur la récente mobilisation des médecins, un mouvement inédit par son ampleur et son unité, rassemblant jeunes médecins, libéraux, hospitaliers, généralistes et spécialistes, dont nous avons fait état dans nos colonnes. 

Le Snof regrette que « gérer la santé une fois par an, par l'intermédiaire d'un PLFSS, à coups de mesures parfois déconnectées du terrain, dans un contexte d'instabilité politique, ce n'est pas raisonnable. On ne peut pas gérer la santé tous les ans, en changeant de textes aussi fréquemment. Il faudrait vraiment avoir un plan quinquennal, avoir une vision à long terme, après avoir rassemblé autour de la table les autorités et les professionnels de santé, avec les attentes des patients comme moteur ».

Communication avec les opticiens : des outils encore imparfaits

Sur la coopération entre les 3 "O", le Snof insiste sur une amélioration concrète : selon un sondage réalisé par la Fnof, les ophtalmologistes répondent désormais le plus souvent en 24–48 heures. Notre propre sondage, réalisé en juin 2025, qui compte plus de 1 500 répondants, affirme au contraire que dans 63% des cas, les prescripteurs ne répondent tout simplement pas à la demande d'adaptation de la primo-prescription.
En cause notamment, la mise en place d’une communication sécurisée qui reste entravée par des solutions institutionnelles inabouties. Le président du Snof souligne le cas du DMP : l’intégration des opticiens est actée, mais en partie seulement : ils peuvent consulter mais ne peuvent pas renseigner le dossier. Résultat : des solutions émergent « hors institution », via des logiciels et organisations de terrain, alors que la coopération opticiens–orthoptistes–ophtalmologues est jugée indispensable.

Décision du Conseil d’État : la réponse écrite redevient obligatoire

Autre actualité majeure en 2025 : le Snof rappelle avoir obtenu gain de cause devant le Conseil d’État. Dans sa décision du 2 mai 2025, la juridiction annule la règle selon laquelle, en l’absence de réponse écrite dans un délai (mentionné à 10 jours), l’accord du prescripteur était réputé acquis. Désormais, la réponse écrite du prescripteur est indispensable pour l’adaptation de la primo-prescription, et le syndicat indique travailler avec la Fnof et le Rof à des solutions plus simples et sécurisantes pour fluidifier ces échanges écrits indispensables, mais encore très fragiles aujourd'hui.

Accès aux soins : délais en baisse et maillage territorial renforcé

Le Snof revendique des résultats tangibles sur l’accès aux soins en ophtalmologie : 18 jours de délai médian pour un rendez-vous non urgent en 2025 et moins de 3% des rendez-vous proposés à plus de six mois.
Cette amélioration s’appuie notamment sur le développement de plus de 650 “sites secondaires” de consultation, rapprochant les soins des patients, ainsi que sur la montée en puissance des équipes de soins spécialisées (ESS) en ophtalmologie, déjà opérationnelles dans plusieurs régions, ainsi que grâce au travail aidé avec les orthoptistes et opticiens.

Télémédecine : oui à la téléconsultation cadrée, non aux « guichets à ordonnances »

Vincent Dédès distingue clairement la téléconsultation, encadrée, des dérives de « pseudo téléexpertise » : des plateformes commerciales produiraient des ordonnances (lunettes, lentilles) sans examen médical, à partir d’une simple réfraction. Le Snof estime que cette pratique concerne plus de 1500 magasins d'optique et « près d’une dizaine » de plateformes, avec des procédures judiciaires et ordinales en cours. Sur le plan contentieux, Vincent Dédès a rappelé que Sym Optic est en redressement judiciaire. Concernant Lyleoo, Vincent Dédès indique qu'il a « bien reçu sept ou huit huissiers qui sont venus (le) voir, parce qu'ils considèrent qu'on est un petit peu méchant avec eux. Comme la procédure est en cours, pour l'instant je ne peux pas en dire davantage, mais ça passera probablement à un moment ou à un autre par un tribunal ».
Le syndicat alerte aussi sur des contrats qui déresponsabiliseraient les plateformes, laissant les opticiens exposés en cas de litiges avec les patients. Les conclusions des Assises de la télémédecine sont attendues pour la fin du mois de janvier 2026 et devraient, espère le Snof, donner un cadre plus précis des pratiques de la téléexpertise en optique. 

Fraude et centres de santé : baisse du nombre, mais vigilance maintenue

Enfin, le Snof souligne une évolution sur les centres de santé ophtalmologiques : grâce aux mesures d’encadrement, leur part aurait reculé (moins de 15%), avec fermetures et déconventionnements, sans impact négatif observé sur l’accès aux soins. 200 centres seraient encore dans le viseur des pouvoirs publics et de la Cnam
Le syndicat plaide pour aller plus loin dans la responsabilisation des professionnels impliqués dans des structures frauduleuses, et regrette la réactivité inégale de certaines ARS.